Les voies de la Providence
La jeune abbesse Angélique n’avait aucun goût pour la vie monacale, à laquelle elle souhaitait échapper. Elle la considérait, dit-elle, comme « un joug insupportable ».
Les livres de dévotion lui étaient « pénibles ». Elle confie avoir eu « une aversion horrible du couvent » et avoir songé à s’enfuir pour rejoindre des parents protestants à La Rochelle, espérant qu’elle pourrait s’y marier et y vivre dans le monde.
Et c'est alors que, le 25 mars 1608, un capucin de passage prêcha pour l’Annonciation sur l’Incarnation du Fils de Dieu et son humiliation…
(d'après Laurence Plazenet)
Sur la fin du dernier siècle, ce monastère, comme beaucoup d’autres,
était tombé dans un grand relâchement : la règle de saint Benoît n’y
était presque plus connue, la clôture même n’y était plus observée et
l’esprit du siècle en avait entièrement banni la régularité.
Marie-Angélique Arnauld, par un usage qui n’était que trop commun en ces
temps-là, en fut faite abbesse, n’ayant pas encore onze ans accomplis.
Elle n’en avait que huit, lorsqu’elle prit l’habit, et elle fit
profession à neuf ans entre les mains du Général de Cîteaux, qui la
bénit dix-huit mois après.
Il y avait peu d’apparence qu’une fille faite abbesse à cet âge, et
d’une manière si peu régulière, eût été choisie de Dieu pour rétablir la
règle dans cette abbaye.
Cependant, elle était à peine dans sa dix-septième année que Dieu, qui
avait de grands desseins sur elle, se servit, pour la toucher, d’une
voie assez extraordinaire. Un capucin, qui était sorti de son couvent
par libertinage et qui allait se faire apostat dans les pays étrangers,
passant par hasard à Port-Royal, fut prié par l’Abbesse et par les
Religieuses de prêcher dans leur église. Il le fit, et ce misérable
parla avec tant de force sur le bonheur de la vie religieuse, sur la
beauté et sur la sainteté de la règle de saint Benoît, que la jeune
Abbesse en fut vivement émue.
Elle forma dès lors la résolution, non seulement de pratiquer sa règle
dans toute sa rigueur, mais d’employer même tous ses efforts pour la
faire aussi observer à ses Religieuses. Elle commença par un
renouvellement de ses vœux et fit une seconde profession, n’étant pas
satisfaite de la première. Elle réforma tout ce qu’il y avait de mondain
et de sensuel dans ses habits, ne porta plus qu’une chemise de serge, ne
coucha plus que sur une simple paillasse, s’abstint de manger de la
viande et fit fermer de bonnes murailles son abbaye, qui ne l’était
auparavant que d’une méchante clôture de terre éboulée presque
partout.
Elle eut grand soin de ne point alarmer ses Religieuses par trop
d’empressement à leur vouloir faire embrasser la règle. Elle se
contentait de donner l’exemple, leur parlant peu, priant beaucoup pour
elles et accompagnant de torrents de larmes le peu d’exhortations
qu’elle leur faisait quelquefois. Dieu bénit si bien cette conduite
qu’elle les gagna toutes, les unes après les autres, et qu’en moins de
cinq ans la communauté de biens, le jeûne, l’abstinence de viande, le
silence, la veille de la nuit et enfin toutes les austérités de la règle
de saint Benoît furent établies à Port-Royal de la même manière qu’elles
le sont encore aujourd’hui.
(Racine - Abrégé de l’histoire de Port-Royal)
Ce fut une grande Providence de Dieu sur moi, cet homme étant extrêmement déréglé, ce que j’appris depuis, et qu’il avait fait de grandes sottises en des maisons religieuses et, quelques années après, il fut apostat.
(Relation écrite par la Mère Marie-Angélique Arnauld de ce qui est arrivé de plus considérable dans Port-Royal)
Distribution d’aumônes à Port-Royal des Champs


