La sublimation alchimique
L’énigme par elle-même comporte deux termes : RERE, RER, qui semblent
n’avoir aucun sens et sont, tous deux, répétés trois fois sur le fond
concave de la niche.
[…] Mais comment déchiffrer l’énigme des mots vides de sens ?
D’une manière très simple. RE, ablatif latin de res, signifie la chose,
envisagée dans sa matière ; puisque le mot RERE est l’assemblage de RE,
une chose, et RE, une autre chose, nous traduirons deux choses en une,
ou bien une double chose, et RERE équivaudra ainsi à REBIS.
Le mot REBIS, fréquemment employé par les Philosophes, caractérise leur
compost, ou composé prêt à subir les métamorphoses successives sous
l’influence du feu. Résumons. RE, une matière sèche, or philosophique ;
RE, une matière humide, mercure philosophique ; RERE ou REBIS, une
matière double, à la fois humide et sèche, amalgame d’or et de mercure
philosophiques, combinaison qui a reçu de la nature et de l’art une
double propriété occulte exactement équilibrée.
Nous voudrions être aussi clair dans l’explication du second terme RER,
mais il ne nous est pas permis de déchirer le voile de mystère qu’il
recouvre. Néanmoins, afin de satisfaire, dans la mesure du possible, la
légitime curiosité des enfants de l’art, nous dirons que ces trois
lettres contiennent un secret d’une importance capitale, qui se rapporte
au vase de l’Œuvre.
RER sert à cuire, à unir radicalement et indissolublement, à provoquer
les transformations du compost RERE. Comment donner de suffisantes
indications sans devenir parjure ?
[…] RE signifie une chose, une matière ; R, qui est la moitié de RE,
signifiera une moitié de chose, de matière. RER équivaut donc à une
matière augmentée de la moitié d’une autre ou de la sienne propre. Notez
qu’il ne s’agit point ici de proportions, mais d’une combinaison
chimique indépendante des quantités relatives.
Pour nous faire mieux comprendre, prenons un exemple et supposons que la
matière représentée par RE soit le réalgar ou sulfure naturel d’arsenic.
R, moitié de RE, pourra donc être le soufre du réalgar ou son arsenic,
lesquels sont semblables, ou différents, selon qu’on envisage le soufre
et l’arsenic séparément ou combinés dans le réalgar. De telle sorte que
RER sera obtenu par le réalgar augmenté du soufre, qui est considéré
comme formant la moitié du réalgar, ou de l’arsenic, envisagé comme
l’autre moitié dans le même sulfure rouge.
[…] Cherchez tout d’abord RER, c’est-à-dire le vaisseau. RERE vous sera
ensuite facilement connaissable.
(Fulcanelli - Le mystère des cathédrales)



