alchimie & mystique  - 064 -


Obscurité


Ils déclament et fulminent contre cette obscurité, et s’emportent à dire mille injures et à faire mille imprécations contre nous qui en sommes les auteurs : ils nous appellent fourbes, menteurs, ignorants et enfants de ténèbres. Ils disent que nous nous servons de cette obscurité comme d’un voile et d’un prétexte pour couvrir notre ignorance et notre imposture.
Si nous avions écrit obscurément de notre science à dessein de l’enseigner clairement à tout le monde, il est certain que l’on aurait raison de nous faire ces reproches.
Mais nous sommes bien éloignés de promettre un si grand éclaircissement de notre doctrine. Au contraire, nous disons et nous avertissons très sincèrement que nous n’avons jamais eu l’intention d’écrire que pour les fils de la science seulement, c’est-à-dire pour ceux qui, par leur vertu, ont acquis la connaissance de notre premier Mercure. Et qu’à l’égard des autres nous n’avons voulu ni n’avons dû écrire autrement, ni moins obscurément, que nous avons fait.
Quel sujet donc de nous blâmer de notre obscurité, puisqu’il n’y a que ceux qui ne nous entendent pas qui nous blâment, et que ce n’est pas pour ceux qui ne nous peuvent entendre que nous avons écrit.

(Le Grand Œuvre dévoilé en faveur des enfants de la lumière)


Vous qui voulez venir à icelle vérité, fort aurez à faire en brièveté de temps, de concevoir icelle Science, si par aucun Maistre n’estes introduits, ou si de jeunesse ni été appelés, qui l’entendement y avance.
Car quoiqu’un homme ait bon entendement et naturel, et qu’il ait lu tous les Livres appartenant à icelle Science, et fait tous les essais qu’homme humain peut faire, maintenant pour ce, ne peut-il venir à la fin d’icelui secret, s’il n’est de la secte des Philosophes, ou si par aucuns d’iceux n’est introduit et mené, comme dit est ; car à celui qui par lui le trouve, ce lui est comme miracle, grand secret, et trésor enchanté.
Pour ce que les Philosophes anciens par la volonté de Dieu régnant en leurs cœurs firent Livres obscurcissant icelle. Et aux ignorants et amis des délices mondaines, ténébreux et aveuglés, pleins d’iniquité, ne peut icelle Science être découverte, pour ce que s’il était autrement, autant en aurait le mauvais comme le bon, et serait toute autre Science avilie, pour l’avarice et convoitise et voudraient procurer l’un l’autre, et ne tenir d’aucun : par quoi conviendrait que justice faillît et que le monde fût détruit.

(Grosparmy)