Obscurité
Ils déclament et fulminent contre cette obscurité, et s’emportent à
dire mille injures et à faire mille imprécations contre nous qui en
sommes les auteurs : ils nous appellent fourbes, menteurs, ignorants et
enfants de ténèbres. Ils disent que nous nous servons de cette obscurité
comme d’un voile et d’un prétexte pour couvrir notre ignorance et notre
imposture.
Si nous avions écrit obscurément de notre science à dessein de
l’enseigner clairement à tout le monde, il est certain que l’on aurait
raison de nous faire ces reproches.
Mais nous sommes bien éloignés de promettre un si grand éclaircissement
de notre doctrine. Au contraire, nous disons et nous avertissons très
sincèrement que nous n’avons jamais eu l’intention d’écrire que pour les
fils de la science seulement, c’est-à-dire pour ceux qui, par leur
vertu, ont acquis la connaissance de notre premier Mercure. Et qu’à
l’égard des autres nous n’avons voulu ni n’avons dû écrire autrement, ni
moins obscurément, que nous avons fait.
Quel sujet donc de nous blâmer de notre obscurité, puisqu’il n’y a que
ceux qui ne nous entendent pas qui nous blâment, et que ce n’est pas
pour ceux qui ne nous peuvent entendre que nous avons écrit.
(Le Grand Œuvre dévoilé en faveur des enfants de la lumière)
Vous qui voulez venir à icelle vérité, fort aurez à faire en brièveté
de temps, de concevoir icelle Science, si par aucun Maistre n’estes
introduits, ou si de jeunesse ni été appelés, qui l’entendement y
avance.
Car quoiqu’un homme ait bon entendement et naturel, et qu’il ait lu tous
les Livres appartenant à icelle Science, et fait tous les essais
qu’homme humain peut faire, maintenant pour ce, ne peut-il venir à la
fin d’icelui secret, s’il n’est de la secte des Philosophes, ou si par
aucuns d’iceux n’est introduit et mené, comme dit est ; car à celui qui
par lui le trouve, ce lui est comme miracle, grand secret, et trésor
enchanté.
Pour ce que les Philosophes anciens par la volonté de Dieu régnant en
leurs cœurs firent Livres obscurcissant icelle. Et aux ignorants et amis
des délices mondaines, ténébreux et aveuglés, pleins d’iniquité, ne peut
icelle Science être découverte, pour ce que s’il était autrement, autant
en aurait le mauvais comme le bon, et serait toute autre Science avilie,
pour l’avarice et convoitise et voudraient procurer l’un l’autre, et ne
tenir d’aucun : par quoi conviendrait que justice faillît et que le
monde fût détruit.
(Grosparmy)
