alchimie & mystique  - 063 -


Jean Brun (1919-1994)


Les Pères qui partaient au désert n’avaient pas soif parce qu’ils étaient au désert, mais ils allaient au désert parce qu’ils avaient soif.


Ni possesseurs du Vrai, ni dépossédés de lui, nous ne devons pas vivre seulement pour les espoirs où nous donnons des rendez-vous au temps, nous devons vivre dans et par l’Espérance qui nous ouvre à ce que la société des hommes ne saurait nous offrir.


Galilée venait d’énoncer la loi de la chute des corps qui constitue la première loi physique de type moderne, puisque des quantités, impliquant des observations et des mesures, y sont mises en rapport. Mais la formulation de cette loi n’avait pas seulement une importance considérable pour l’histoire des sciences.
D’une part, en effet, elle impliquait qu’une méditation sur la chute des créatures ait été remplacée par une observation de la chute des corps.
D’autre part, le temps n’était plus ce qui était mesuré à l’homme, il devenait ce que l’homme mesurait.
Quant à l’espace il cessait d’être ce qui glorifiait la gloire de Dieu pour devenir l’objet d’étude de la géométrie et de la physique, idée que reprendra Descartes.


Cette notion d’Âme du Monde, pour utiliser la formule qui aura cours après Platon (Platon parle de l’Âme du Tout), est un concept tout à fait étranger à l’homme moderne, qui est tenté de n’y voir qu’une séquelle de mentalité primitive. Or une telle notion est l’omphalos d’une Atlantide engloutie dont tous les vestiges devraient être pour nous l’occasion de faire le bilan de ce que nous sommes devenus.
La notion d’Âme du Monde nous paraît une superstition vide de sens parce que nous considérons le monde comme une machine. Or Platon et ses contemporains voyaient en ce Monde un vivant qui était animé parce qu’il possédait une âme. Du monde-organisme au monde-machine existe une distance considérable.
Nous nous trouvons en présence d’une perspective où la scission moderne entre animé signifiant doué d’une âme et animé signifiant mû n’a pas encore été consommée : tout ce qui se meut, des astres aux vivants, se meut parce que possédant une âme. Il en résulte que le mouvement ne ressortit pas au domaine d’un mécanisme d’essence matérialiste, mais qu’il relève de la vie à quelque niveau que ce soit. Le dynamisme cher à l’Antiquité s’inscrit dans une physique, c’est-à-dire dans une étude de la Nature, dans laquelle tout se meut, croît et se manifeste à la façon de la plante qui germe à partir de la graine.
On ne rend pas compte de la vie du Monde en termes de fonctionnement, mais bien en termes de comportement. L’homme n’est pas situé dans le monde comme dans un milieu dont il subirait les pressions ou dont il se contenterait de faire l’inventaire, il est en symbiose avec le monde car son âme est une partie de celle du Monde.
Le Monde n’est pas un simple cadre à l’intérieur duquel nous aurions à nous repérer ou que nous serions invités à modifier. La démesure et la violence commencent à partir du moment où nous voulons transformer les structures anatomo-physiologiques du monde, car de telles œuvres ne peuvent qu’engendrer des conséquences monstrueuses.