Port-Royal-des-Champs
Mère Angélique et Mère Agnès, abbesses de Port-Royal (Philippe de Champaigne XVIIe)


Vue générale de l’abbaye de Port-Royal-des-Champs en 1674 (Anonyme)


Ce Port-Royal est une Thébaïde. C’est le paradis ; c’est un désert où
toute la dévotion du christianisme s’est rangée ; c’est une sainteté
répandue dans tout ce pays à une lieue à la ronde.
Il y a cinq ou six solitaires qu’on ne connaît point, qui vivent comme
les pénitents de saint Jean Climaque. Les religieuses sont des anges sur
terre.
Tout ce qui les sert, jusqu’aux charretiers, aux bergers, aux ouvriers,
tout est saint, tout est modeste.
Je vous avoue que j’ai été ravie de voir cette divine solitude, dont
j’avais tant ouï parler : c’est un vallon affreux, tout propre à faire
son salut.
(Madame de Sévigné - lettre du 26 janvier 1674)
Il n’y a ici aucune forme de communauté. […] Il n’y a aussi ni forme,
ni couleur d’habit qui y soit affectée. On n’y fait ni profession, ni
vœux quoique d’ailleurs on les honore et on les respecte, dans ceux que
Dieu y engage et qu’il conduit dans les monastères.
Il n’y a aucun établissement de discipline particulière, ni aucune
stabilité de demeure, nulle règle que l’Évangile, nul lien que celui de
la charité catholique et universelle, nul intérêt ni en particulier, ni
en commun que celui de gagner le Ciel.
Ce n’est qu’un lieu de retraite toute volontaire et toute libre, où
personne ne vient que l’esprit de Dieu ne l’y amène, et où personne ne
demeure que parce que l’esprit de Dieu l’y retient.
Ce sont des amis qui vivent ensemble selon la liberté ordinaire et
générale, que le roi laisse à tous ses sujets ; mais des amis chrétiens,
que le sang de Jésus-Christ, répandu pour tous les hommes, et la grâce
de ce sang répandue dans les cœurs par le saint Esprit, a joints
ensemble d’une union plus étroite, plus ferme et plus pure, que ne sont
les plus fortes et les plus intimes amitiés séculières.
(Antoine Le Maître – Les Solitaires de Port-Royal)
