Pascal et l’alchimie
En 1654, Blaise Pascal traverse une crise spirituelle profonde.
Sa sœur cadette Jacqueline (religieuse à Port-Royal) décrit ainsi l'état de Blaise à sa sœur aînée Gilberte :
Il [Pascal] me vint voir et à cette visite il s’ouvrit à moi d’une manière qui me fit pitié, en m’avouant qu’au milieu de ses occupations qui étaient grandes, et parmi toutes les choses qui pouvaient contribuer à lui faire aimer le monde, et auxquelles on avait raison de le croire fort attaché, il était de telle sorte sollicité de quitter tout cela, et par une aversion extrême qu’il avait des folies et des amusements du monde, et par le reproche continuel que lui faisait sa conscience, qu’il se trouvait détaché de toutes choses d’une telle manière qu’il ne l’avait jamais été de la sorte, ni rien d’approchant.
(lettre de Jacqueline Pascal à sa sœur Gilberte)
L'aboutissement de cette crise est une expérience spirituelle, que Pascal décrit sur un parchemin.
Pascal ne parlera de cette expérience à personne, et gardera en permanence sur lui ce parchemin.
On ne le découvrit, cousu dans son habit, qu'après sa mort.

Dans une note des Demeures Philosophales, Fulcanelli écrit :
Pascal a-t-il été alchimiste ? Rien ne nous autorise à le prétendre. Ce qui est le plus sûr, c’est qu’il a dû réaliser lui-même la transmutation, à moins qu’il ne l’eût vue s’accomplir sous ses yeux, dans le laboratoire d’un Adepte. L’opération dura deux heures. C’est ce qui ressort d’un curieux document autographe sur papier, rédigé en style mystique, et que l’on trouva cousu dans son habit, lors de son ensevelissement. En voici le début, qui est aussi la partie essentielle :
L’an de grâce 1654,
Lundi 23 novembre, jour de saint Clément,
pape et martyr et autres au martyrologue,
Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,
Depuis environ dix heures et demie du soir
jusques environ minuit et demi,
FEU.
Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,
Non des Philosophes et des Savans.
Certitude, Certitude, Sentiment, Joie, Paix.
Nous avons souligné à dessein, bien qu’il ne le soit pas dans la pièce originale, le mot Chrysogone, dont se sert l’auteur pour qualifier la transmutation ; il est formé, en effet, de deux mots grecs, Χρυσς, or, et γονη, génération. La mort, qui emporte d’ordinaire le secret des hommes, devait livrer celui de Pascal, philosophus per ignem.
(Fulcanelli)
Et, plus tard, Canseliet approuva :
De cette énigme manuscrite du scapulaire en papier, trouvé sur le cadavre encore chaud du puissant philosophe des Provinciales, Fulcanelli a donné l’explication transcendante que personne n’avait seulement entrevue avant lui.
(Canseliet - De Cyrano Bergerac, philosophe hermétique)
Eh oui, même les plus savants peuvent dire des bêtises.
