L’impasse de l’alchimie minérale
La moitié droite du tableau est consacrée à l'OPUS MECHANICE, avec l'alchimiste, son athanor et ses cornues.
La moitié gauche est consacrée à l'OPUS NATURE, avec Nature prodiguant ses remontrances à l'alchimiste errant.
Jean Perréal - Complainte de Nature à l’Alchimiste errant (XVIe siècle)


Comme nature se complaint,
Et dit sa douleur & son plaint
A un sot souffleur, sophistique,
Qui n’use que d’art mechanique.
(Iean de Meung - Les Remonstrances de Nature a l’Alchymiste errant)
L’extravagant empirisme, dont Jean Perréal eut l’évident souci qu’il
fût nettement distingué de l’alchimie traditionnelle.
La confusion régnait déjà, à son époque, entre l’œuvre de nature (opus
naturae) et le travail mécanique (opus mechanice) : le philosophe ou
alchimiste et le souffleur ou spagyriste utilisant un feu très
différent, pour celui-ci, élémentaire et produit par les combustibles
ordinaires, pour celui-là, philosophique et issu de l’inépuisable source
céleste.
C’est lui, ce feu de la mère Nature, qui est le principal artisan du
Grand Œuvre, et c’est lui que le Christ est venu mettre dans les choses,
et dont Il veut obstinément qu’il s’allume dans l’athanor. Là où peut
être taillée la pierre de l’angle, que le Tout-Puissant garde à la
disposition des hommes de bonne volonté.
(Canseliet)
Pour moi, je m’assure que si Hermès, Geber et Lulle, tous subtils et
tous profonds Philosophes qu’ils pouvaient être, revenaient maintenant
au monde, ils ne seraient pas tenus par ceux d’aujourd’hui à grand-peine
pour des Philosophes, mais plutôt pour des disciples, tant notre
présomption est grande.
Sans doute qu’aussi ces bons et doctes personnages ignoraient tant
d’inutiles distillations qui sont usitées aujourd’hui, tant de
circulations, tant de calcinations et tant de vaines opérations que nos
modernes ont inventées, lesquels n’ayant pas bien entendu le sens des
écrits de ces Anciens, resteront encore longtemps à rechercher une chose
seulement : c’est de savoir la Pierre des Philosophes, ou la teinture
physique que les Anciens ont su faire.
(Cosmopolite)
De grands adeptes au XVe et XVIe siècle décrivirent dans un langage
dépouillé, cohérent et précis, la préparation et la purification d’un
petit nombre de substances qui servaient de support, mais non pas, à
proprement parler, de sujet à leurs opérations ultérieures.
Équivoquant à dessein sur cette distinction, à partir du XVIIe siècle,
les auteurs, dispensés par les exposés de leurs prédécesseurs, aussi
bien que par ceux des chimistes de leur temps, de répéter ces
indications (qui, du reste, n’étaient pas expressément rapportées à
l’œuvre alchimique et sont en général fournies à titre d’exemple), font
mine, au contraire, de les dissimuler sous un voile tantôt allégorique
(par transposition) tantôt symbolique (par passage à un autre plan
d’existence), ce qui fit croire à la plupart des gens que le « secret
alchimique » consistait dans la connaissance des substances minérales
qu’ils manipulaient, et dans celle de ces manipulations.
(Husson)
L’androgyne ailé disparaît des ouvrages d’alchimie à la fin du XVIe
siècle.
C’est la conséquence du repli dans le domaine minéral, au début du XVIIe
siècle, de la tradition hermético-alchimique.
En fait sa scission, vers cette époque, d’avec la tradition hermétique
aboutira à une alchimie purement minérale, très vite dégénérée en
spagyrie, puis en chimie.
(Husson)
