L’alchimie occidentale
L’alchimie occidentale peut être divisée en trois branches principales.
La première, aristotélicienne, a développé les applications de la
théorie antique des quatre éléments à la transmutation des métaux.
Pré-chimique et relativement rationnelle, elle se rattache plutôt à la
tendance expérimentale de Rhazès.
C’est à cette première branche de l’alchimie occidentale qu’il faut
réserver le nom de « chimie du Moyen Âge ». Elle n’a pas été ignorée des
véritables alchimistes. Elle présente plus de valeur et d’intérêt
scientifique et technique qu’on ne l’a dit, parce qu’on n’a pas répété
ces fastidieuses expériences, mais elle n’a pas de rapport profond avec
la théorie et la pratique véritables du Grand Œuvre.
La seconde, concevant le monde comme un vaste organisme animé,
reprenant les théories des stoïciens sur la sympathie et l’antipathie
des êtres, a recherché les relations entre la vie des métaux et l’âme
universelle, assimilant ainsi les manifestations inorganiques aux
phénomènes biologiques. Une seule gnose, l’« Art d’Amour », dominait
cette philosophie de la nature. Son orientation la rapproche plutôt de
la gnose jabirienne.
C’est la voie traditionnelle la plus importante et la plus généralement
suivie par les maîtres de l’alchimie occidentale.
Principalement philosophique et mystique, elle avait pour but
l’élaboration de la « pierre philosophale » et ses opérations
« symbolisaient avec » une transmutation d’ordre spirituel.
Matériellement, elle était fondée sur un « archétype expérimental » qui
consistait à « purifier » et à « animer » puis à « exalter » un sujet
métallique et minéral, complaisamment décrit par tous les adeptes qui,
en revanche, ont caché son nom, sa préparation principale et l’agent
essentiel de son « animation ». Cette première matière, considérée comme
l’« Adam métallique », était jugée « impure » et « vile » dans son état
naturel. Mais l’art pouvait la porter à un degré de perfection et de
pureté très supérieur à celui de l’or lui-même. Elle devenait alors un
« soleil terrestre », un « corps glorieux », « ressuscité d’entre les
morts », qui fut comparé par les alchimistes chrétiens au Messie sortant
du tombeau. Ce « Christ métallique » pouvait ainsi « racheter ses frères
imparfaits », sous la forme de « poudre de projection », en les
transmuant en or, accélérant ainsi leur évolution, ou bien guérir les
maladies, sous la forme de « médecine universelle ».
La troisième branche, à peu près inconnue, non seulement des
historiens, mais de la plupart des alchimistes eux-mêmes, n’a laissé
aucune trace écrite.
Transmise toujours oralement, elle n’est pas essentiellement différente
de la tradition chinoise archaïque.
Elle n’est ni pré-chimique, ni philosophique, ni mystique. On peut la
nommer « magique », à condition d’admettre qu’il existe une magie
« naturelle » et qu’elle ne présente pas de rapports avec la
sorcellerie.
Elle ressemblait, techniquement, à la précédente, mais à vrai dire, elle
commençait là où l’autre se terminait.
La « pierre philosophale » était, en quelque sorte, la matière première
de cette « haute science » dont les multiples applications s’étendaient
à l’ensemble du savoir humain.
(René Alleau)



