alchimie & mystique  - 178 -


L’alchimie occidentale


L’alchimie occidentale peut être divisée en trois branches principales.

La première, aristotélicienne, a développé les applications de la théorie antique des quatre éléments à la transmutation des métaux. Pré-chimique et relativement rationnelle, elle se rattache plutôt à la tendance expérimentale de Rhazès.
C’est à cette première branche de l’alchimie occidentale qu’il faut réserver le nom de « chimie du Moyen Âge ». Elle n’a pas été ignorée des véritables alchimistes. Elle présente plus de valeur et d’intérêt scientifique et technique qu’on ne l’a dit, parce qu’on n’a pas répété ces fastidieuses expériences, mais elle n’a pas de rapport profond avec la théorie et la pratique véritables du Grand Œuvre.

La seconde, concevant le monde comme un vaste organisme animé, reprenant les théories des stoïciens sur la sympathie et l’antipathie des êtres, a recherché les relations entre la vie des métaux et l’âme universelle, assimilant ainsi les manifestations inorganiques aux phénomènes biologiques. Une seule gnose, l’« Art d’Amour », dominait cette philosophie de la nature. Son orientation la rapproche plutôt de la gnose jabirienne.
C’est la voie traditionnelle la plus importante et la plus généralement suivie par les maîtres de l’alchimie occidentale.
Principalement philosophique et mystique, elle avait pour but l’élaboration de la « pierre philosophale » et ses opérations « symbolisaient avec » une transmutation d’ordre spirituel.
Matériellement, elle était fondée sur un « archétype expérimental » qui consistait à « purifier » et à « animer » puis à « exalter » un sujet métallique et minéral, complaisamment décrit par tous les adeptes qui, en revanche, ont caché son nom, sa préparation principale et l’agent essentiel de son « animation ». Cette première matière, considérée comme l’« Adam métallique », était jugée « impure » et « vile » dans son état naturel. Mais l’art pouvait la porter à un degré de perfection et de pureté très supérieur à celui de l’or lui-même. Elle devenait alors un « soleil terrestre », un « corps glorieux », « ressuscité d’entre les morts », qui fut comparé par les alchimistes chrétiens au Messie sortant du tombeau. Ce « Christ métallique » pouvait ainsi « racheter ses frères imparfaits », sous la forme de « poudre de projection », en les transmuant en or, accélérant ainsi leur évolution, ou bien guérir les maladies, sous la forme de « médecine universelle ».

La troisième branche, à peu près inconnue, non seulement des historiens, mais de la plupart des alchimistes eux-mêmes, n’a laissé aucune trace écrite.
Transmise toujours oralement, elle n’est pas essentiellement différente de la tradition chinoise archaïque.
Elle n’est ni pré-chimique, ni philosophique, ni mystique. On peut la nommer « magique », à condition d’admettre qu’il existe une magie « naturelle » et qu’elle ne présente pas de rapports avec la sorcellerie.
Elle ressemblait, techniquement, à la précédente, mais à vrai dire, elle commençait là où l’autre se terminait.
La « pierre philosophale » était, en quelque sorte, la matière première de cette « haute science » dont les multiples applications s’étendaient à l’ensemble du savoir humain.

(René Alleau)