Les chrétiens
Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par leur pays,
ni par leur langage, ni par les vêtements.
Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent
pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de
singulier.
Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et
la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et
vraiment paradoxales de leur république spirituelle.
Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre
étrangère.
Ils partagent tous la même table, mais non la même couche.
Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair.
Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel.
Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre l’emporte en
perfection sur ces lois.
En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le
monde.
(extrait de l’Épitre à Diognète (anonyme, fin du IIe siècle))
Pour moi, je ne dois rien au Forum, au Champ de Mars, au Sénat : je
ne veille pour aucun office ; je ne m’empare d’avance d’aucune tribune,
je ne fréquente aucune audience du prétoire ; je ne respire point
l’odeur des égouts ; je n’adore pas la barre des tribunaux ; je ne brise
point les bancs des avocats ; je ne trouble point la justice ; je ne
plaide pas en hurlant, je ne suis ni juge, ni soldat, ni roi : je vis en
dehors du peuple.
J’ai assez à travailler en moi-même : mon unique affaire, c’est de n’en
avoir pas. On vit plus heureusement dans la retraite que dans le tumulte
du siècle, mais on craint de passer pour un homme inutile.
Il faut se consacrer, dit-on, à la patrie, à l’État, à la chose
publique.
Mais cette maxime, c’était bon pour autrefois. Personne ne naît pour
autrui. Car chacun doit mourir pour son compte.
(Tertullien - De Pallio)
Daniel dans la fosse aux lions



