Marcion (95-161)
On a peu de certitudes sur ce personnage dont les écrits ont
disparu.
Ce qui vaut à Marcion les foudres des prêtres de Rome, c’est la
relecture qu’il propose d’une parabole de l’Évangile de Luc (5,
37-38) :
« Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ;
autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, et il se répandra et
les outres seront perdues. Mais du vin nouveau, il faut le mettre en des
outres neuves. »
Selon Marcion, les « vieilles outres » sont une métaphore du judaïsme,
tandis que les « outres neuves » représentent la nouveauté absolue du
christianisme.
Marcion considère que les croyants en Jésus doivent faire table rase du
passé et renier les racines juives de leur religion. Il explique qu’en
réalité le Dieu du Premier Testament – celui des juifs – n’est pas celui
dont parle Jésus.
Assurément, argumente-t-il, ce Dieu jaloux, tentateur, qui s’acharne sur
les hommes et déclare ouvertement : « C’est moi qui crée les maux », ne
peut en aucun cas être celui dont Jésus, tout entier amour, déclare être
le Fils. Et d’opposer le démiurge imparfait de l’Ancien Testament, celui
de la Loi du talion, au Dieu de Jésus qui y substitue foi et
amour.
Aux yeux de Marcion, les Douze, en fait, n’ont rien compris à ce que
Jésus leur avait enseigné. Seul Paul s’est montré capable de saisir
toute la portée de son message.
L’Église de Marcion va représenter un danger réel pour la Grande Église.
Née à Rome, elle est soigneusement organisée (avec des ministères
calqués sur ceux de sa concurrente : évêques, presbytres, diacres,
lecteurs…) ; les femmes y tiennent un rôle non négligeable, car, pour
Marcion, « il n’y a ni mâle ni femelle en Christ » : elles ont le droit
de baptiser, d’exorciser, d’imposer les mains…
Prospérant dans tout l’empire, elle constitue une véritable
contre-Église – ce qui explique la virulence des attaques dont elle fait
l’objet. Elle est particulièrement bien implantée en Orient (Mésopotamie
et Perse). et va se maintenir au moins jusqu’au Ve siècle.
(Frédéric Lenoir)
Je suis Yahvé, il n’y en a pas d’autre,
Je façonne la lumière et je crée les ténèbres,
Je fais le bonheur et je crée le malheur,
C’est moi, Yahvé, qui fais tout cela.
(Isaïe 45, 7)
Marcion proclame la nouveauté absolue du christianisme.
Les Évangiles et Paul ne disent pas autre chose :
Vous avez entendu qu’il a été dit…
Eh bien moi je vous dis…
Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous ?
Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous
d’extraordinaire ?
Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
(Matthieu 5)
Avant la venue de la Foi, nous étions enfermés sous la garde de la
Loi, en vue de la Foi qui devait être révélée.
Ainsi la Loi nous servit-elle de pédagogue jusqu’au Christ, pour que
nous obtenions de la Foi notre justification.
Mais la Foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.
Car vous êtes tous fils de Dieu, par la Foi, dans Christ Jésus.
(Galates 3)
Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la
Loi.
(Galates 5)
Fra Angelico - Le sermon sur la montagne


