Anglais de naissance, habitant de l’Univers
Æyreneus Philaletha, Natu Anglus, Habitatione Cosmopolita.
Introitus apertus ad occlusum Regis Palatium (1667).
Secrets reveal'd : or, An open entrance to the shut-palace of the King (1669).
L'entrée ouverte au palais fermé du Roi (1754).
Écrit - en anglais - en 1645 (date donnée par Philalèthe dans sa préface).
Première parution, traduit en latin, en 1667.
Édition originale en anglais en 1669, corrigeant l'édition latine antérieure.
Mais plût à Dieu que l’Or et l’Argent, ces deux grandes idoles qui
ont, jusqu’à présent, été adorées de tout le monde, devinssent aussi
méprisables que la boue et le fumier.
Car moi, qui sais l’art de les faire, je ne serais pas tant en peine de
me cacher que je suis, de sorte qu’il semble que la malédiction de Caïn
soit tombée sur moi (ce que je ne saurais penser sans verser des larmes
et sans soupirer) et que je sois, comme lui, chassé de devant la face du
Seigneur, me voyant privé de l’agréable compagnie de mes amis, avec qui
j’avais autrefois conversé en toute liberté.
Mais, à présent, il semble que je sois poursuivi par les furies et je ne
puis demeurer longtemps en aucun lieu en assurance, ce qui m’oblige bien
souvent de faire, en gémissant, la plainte que Caïn faisait à Dieu :
Voici que quiconque me trouvera me tuera.
N’ayant osé prendre soin de notre famille, nous errons, vagabonds, de
nation en nation, sans trouver aucune demeure assurée.
Et bien que nous possédions tout, nous devons cependant nous contenter
de peu.
En quoi trouvons-nous le bonheur, sinon dans la contemplation, où l’âme
éprouve une grande satisfaction ?
Beaucoup, qui sont étrangers à cet art, croient que s’ils le possédaient
ils feraient ceci et cela : c’est ce que nous avons cru autrefois, mais
rendus prudents par les dangers, nous avons choisi une méthode plus
sécrète.
Quiconque a échappé une fois à une mort imminente deviendra, croyez-moi,
plus sage pour le reste de sa vie.
Ils diront en effet : « Si je possédais ces secrets, je me conduirais
tout autrement ».
Qu’ils sachent cependant combien il est pénible aux gens d’esprit de
vivre avec des imbéciles.
Mais les autres gens d’esprit sont fins, subtils, perspicaces, ils ont
les yeux d’Argus.
Certains sont curieux, d’autres machiavéliques, ils cherchent à pénétrer
profondément la vie, les mœurs et les actions des hommes ; en tout cas
ce sont des gens avec qui, dès qu’on est de leurs amis, il est très
difficile de dissimuler.
Croyez-moi, jeunes apprentis, et vous, leurs pères, le temps est à
nos portes (et je ne dis pas cela sous l’empire d’une vaine illusion,
mais je le vois en esprit) où nous, les Adeptes, nous reviendrons des
quatre angles de la Terre, où nous ne craindrons plus les embûches
dressées contre notre vie, et où nous rendrons grâces à Dieu notre
Seigneur.
Mon cœur me murmure des merveilles inouïes.
(Philalèthe)
Secrets reveal’d : première et dernière page


