alchimie & mystique  - 163 -


Visionnaires


Hildegarde de Bingen (1098-1179)


Hildegarde ne fut pas une mystique et une théologienne, mais une abbesse et une visionnaire, contrainte de coucher par écrit ses révélations.
Ses visions commencèrent, si l’on en croit le témoignage de la sainte, à l’âge de trois ans, pour ne cesser qu’à sa mort : 78 années de visions qu’elle déclare de surcroît être permanentes ! Longtemps elle garda le phénomène secret, échaudée par l’incrédulité d’abord rencontrée, mais elle fut obligée d’en communiquer le contenu, sous la forme d’ouvrages rédigés à la demande d’une voix venue des cieux, qualifiée par elle de « voix de la lumière vivante ».
(Sylvain Gouguenheim)


Ma vision, ce sont les yeux intérieurs de mon esprit, et les oreilles intérieures qui l’ont transmise.
Je ne me trouvais absolument pas dans un état de léthargie. Il ne s’agissait pas non plus d’un transport de l’esprit.
Exclusivement, j’exposais ce que m’offraient les secrets du ciel.
(Hildegarde)



Swedenborg (1688-1772)


Extrait d’une lettre du philosophe Emmanuel KANT à Charlotte de Knobloch, du 10 août 1758 :  

Le fait qui suit me semble le plus décisif de tous, et coupe court à tous les doutes imaginables.
C’était en 1756, sur la fin de septembre, un samedi, vers les quatre heures de l’après-midi, comme M. de Swedenborg, revenant d’Angleterre, débarquait à Gothenburg. M. William Castel l’invita chez lui, avec une société de quinze personnes. Il était environ six heures du soir. M. de Swedenborg, qui était sorti, rentra dans le salon, pâle et trouble. Il dit qu’à ce moment même un violent incendie venait d’éclater à Stockholm, dans le quartier sud de la ville (Gothenburg est à plus de 50 milles de Stockholm), et que le feu faisait de grands ravages
Il était très agité et sortait souvent. Il dit que la maison d’un de ses amis qu’il nomma était déjà réduite en cendres, et que la sienne propre était fort exposée.
Vers les huit heures, étant sorti de nouveau, il dit d’un air satisfait : Dieu soit loué, l’incendie est éteint à la troisième maison avant la mienne !
Cette nouvelle mit toute la ville en mouvement, surtout la société dont Swedenborg faisait partie, et le gouverneur en fut instruit le soir même. Le dimanche matin, Swedenborg fut appelé chez le gouverneur, qui le questionna sur l’événement. Swedenborg décrivit l’incendie dans ses détails, disant de quelle manière il avait commencé, comment il avait fini, et combien de temps il avait duré.
Le même jour, la nouvelle s’en répandit dans toute la ville, qui en était encore plus émue en apprenant que le gouverneur s’en était préoccupé ; les uns étaient en souci pour leurs amis, d’autres pour leurs biens. Le lundi soir, arriva à Gothenburg une estafette qui avait été expédiée par la chambre de commerce de Stockholm pendant l’incendie. Les lettres particulières racontaient l’événement tout à fait de la même manière.
Le mardi matin, un courrier royal arrivait au gouverneur avec un rapport sur l’incendie, la perte occasionnée, et les maisons atteintes. Pas la moindre différence entre ce document et la description donnée par Swedenborg au moment même de la catastrophe, car le feu avait été maîtrisé à huit heures.

Que dire contre la crédibilité de ce fait ? L’ami qui m’écrit cela s’est informé de tout, non seulement à Stockholm, mais deux mois auparavant à Gothenburg même, où il connaissait fort bien les principales maisons, et où il a pu se renseigner parfaitement de toute une ville dans laquelle vivent encore la plupart des témoins d’un fait arrivé depuis peu, en 1756.

(Emmanuel KANT)