La Table d’Émeraude
Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable :
Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d’une seule chose. Et comme toutes les choses sont et proviennent d’UN, par la médiation d’UN, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation.
Le Soleil en est le père, et la Lune la mère. Le Vent l’a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice et son réceptacle. Le Père de tout, le Thélème du monde universel est ici. Sa force ou puissance reste entière si elle est convertie en terre.
Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, doucement, avec une grande industrie. Il monte de la terre et descend du ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire du monde ; et toute obscurité s’enfuira de toi.
C’est la force, forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De cela sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen est ici donné.
C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle.
Ce que j’ai dit de l’Œuvre solaire est complet.
(version proposée par Fulcanelli)



La mystique eckhartienne consiste, dans un premier mouvement, en une
démarche radicalement réductrice. Il s’agit de vider l’âme de tout
contenu apparent, de toutes les scories accumulées, il s’agit de
retrouver le château secret, l’étincelle pure, le sommet, la cellule
vide de notre être intime.
Mais, une fois réduite à son expression la plus simple, l’âme s’emplit à
nouveau, elle devient la plus complexe, elle conquiert la plus inouïe
des richesses. Participant en effet au processus trinitaire même, aux
processions trinitaires, elle devient le réceptacle où s’opère la
génération éternelle.
D’un coup « Dieu fleurit et verdoie avec toute sa divinité au fond de
l’âme ». D’un coup « l’âme atteint le fond, le sol, la rivière et la
source de la déité ».
(Bernard Gorceix)
