alchimie & mystique  - 124 -


Voie sèche - 2 -


Vous avertissez deux hommes choisis qu’il y a une montagne située au milieu de la terre et gardée par la jalousie du diable. De féroces et puissantes bêtes en rendent l’accès difficile. Vous leur ordonnez de se rendre à la montagne durant une nuit bien longue. Vous leur promettez un guide, qui viendra s’offrir lui-même, et se joindre à eux, et qu’ils ne connaissent pas. Celui-là, leur dites-vous, vous conduira à la montagne.
Le premier signal qui vous montrera que vous approchez de la montagne est un vent d’une violence telle qu’il fend le mont et brise les rochers. Des tigres, des dragons, et d’autres animaux horribles et cruels s’offriront à votre vue.
Voici un tremblement de terre qui disperse et aplanit les amas que le vent avait faits.
Après le tremblement de terre, voici un feu intense qui va dévorer toute la matière et faire apparaître à vos yeux le trésor. Mais vous, vous ne pouvez encore le voir.
Puis, vers le matin, viendra un calme bienfaisant. Vous verrez l’étoile matutinale monter et annoncer l’aurore. À ce moment, le trésor s’offrira à vos yeux.
(Robert Fludd)


C’est pourquoi, si tu veux travailler par nos corps, prends le Loup gris très avide qui, par l’examen de son nom, est assujetti au belliqueux Mars, mais, par sa race de naissance, est le fils du vieux Saturne.
Jette, à ce Loup même, le corps du Roi afin qu’il en reçoive sa nourriture, et lorsqu’il aura dévoré le Roi, fais un grand feu et jettes-y le Loup pour le consumer entièrement, et alors le Roi sera délivré.
Quand cela aura été fait trois fois, alors le Lion aura triomphé du Loup, et celui-ci ne trouvera plus rien à manger dans celui-là.
Et ainsi notre corps est bon pour le début de notre Œuvre.
(Basile Valentin)


Le coq et le renard ne sont qu’un même hiéroglyphe recouvrant deux états physiques distincts d’une même matière.
Ce qui apparaît tout d’abord, c’est le coq ou la portion volatile, conséquemment vivante, active, pleine de mouvement, extraite du sujet, lequel a pour emblème le chêne. C’est là notre source fameuse dont l’onde claire coule à la base de l’arbre sacré, si vénéré des Druides, et que les anciens philosophes ont nommée Mercure, quoiqu’elle n’ait aucune apparence du vif-argent vulgaire. Car l’eau dont nous avons besoin est sèche, ne mouille pas les mains et jaillit sous le choc de la verge d’Aaron. Telle est la signification alchimique du coq, emblème de Mercure chez les païens et de la résurrection chez les chrétiens.
Ce coq, tout volatil qu’il soit, peut devenir le Phénix. Encore doit-il, auparavant, prendre l’état de fixité provisoire que caractérise le symbole du goupil, notre renard hermétique.
Cette eau sèche, quoique entièrement volatile, peut, si l’on découvre le moyen de la retenir longtemps au feu, devenir assez fixe pour résister au degré de chaleur qui aurait suffi à l’évaporer en totalité. Elle change alors d’emblème, et son endurance au feu, sa qualité pondéreuse lui font attribuer le renard comme enseigne de sa nouvelle nature. L’eau est devenue terre et le mercure soufre.
Il convient de redissoudre cette terre ou ce sel dans la même eau qui lui a donné naissance, ou, ce qui revient au même, dans son propre sang, afin qu’elle devienne une seconde fois volatile, et que le renard reprenne la complexion, les ailes et la queue du coq. Par une seconde opération semblable à la précédente, le composé se coagulera de nouveau, il luttera encore contre la tyrannie du feu, mais cette fois dans la fusion même et non plus à cause de sa qualité sèche.
Ainsi naîtra la première pierre, non absolument fixe ni absolument volatile, toutefois assez permanente au feu, très pénétrante et très fusible, propriétés qu’il vous faudra augmenter à l’aide d’une troisième réitération de la même technique. Alors le coq, attribut de saint Pierre, pierre véritable et fluente sur laquelle repose l’édifice chrétien, le coq aura chanté trois fois.
(Fulcanelli)


Si donc vous désirez posséder le griffon – qui est notre pierre astrale – en l’arrachant de sa gangue arsenicale, prenez deux parts de terre vierge, notre dragon écailleux, et une de l’agent igné, lequel est ce vaillant chevalier armé de la lance et du bouclier. Arès, plus vigoureux qu’Aries, doit être en moindre quantité. Pulvérisez et ajoutez la quinzième partie du tout de ce sel pur, blanc, admirable, plusieurs fois lavé et cristallisé, que vous devez nécessairement connaître. Mélangez intimement.
Puis, prenant exemple sur la douloureuse passion de Notre-Seigneur, crucifiez avec trois pointes de fer, afin que le corps meure et puisse ressusciter ensuite.
Cela fait, chassez du cadavre les sédiments les plus grossiers ; broyez et en triturez les ossements ; malaxez le tout sur un feu doux avec une verge d’acier.
Jetez alors dans ce mélange la moitié du second sel, tiré de la rosée qui, au mois de mai, fertilise la terre, et vous obtiendrez un corps plus clair que le précédent.
Répétez trois fois la même technique ; vous parviendrez à la minière de notre mercure, et vous aurez gravi la première marche de l’escalier des sages.
(Fulcanelli)


Qu’on fasse combattre les deux héros belliqueux Saturne et Mars (encore que le premier soit d’humeur pacifique). Après trois ou quatre assauts réitérés, ils feront la paix et, en témoignage de réconciliation, feront voir la splendide bannière, semblable à une étoile.
A ces héros belliqueux à présent unis et quelque peu fatigués par leur ardent combat, sera offerte, pour les restaurer, l’eau de la vie (laquelle requiert cependant encore une rectification) par l’usage de laquelle ces duellistes triomphants noueront un lien d’alliance à jamais indissoluble.
Comme signe de cette union solide et immuable apparaissent les deux colombes de Diane, tenant en leur bec la branche d’olivier.
Et pour que cette paix soit annoncée au monde tout entier, apparaît un héraut qui la proclame d’une voix retentissante, à 7 ou 9 reprises, par tout l’univers.
A présent ceux qui étaient contraires se trouvent unis ; à présent, après bien des tempêtes qui ont déchiqueté les rochers, après les tremblements de terre, après le Feu dévorant, se manifeste à nouveau un sifflement doux et tranquille.
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende, car je puis assurer que tout l’art est contenu en ce peu de paroles, si claires pour un fils de l’Art qu’il n’est aucunement besoin d’en ajouter d’autres.
(Leona Constantia – Fleur Solaire des Sages)