Voie sèche - 2 -
Vous avertissez deux hommes choisis qu’il y a une montagne située au
milieu de la terre et gardée par la jalousie du diable. De féroces et
puissantes bêtes en rendent l’accès difficile. Vous leur ordonnez de se
rendre à la montagne durant une nuit bien longue. Vous leur promettez un
guide, qui viendra s’offrir lui-même, et se joindre à eux, et qu’ils ne
connaissent pas. Celui-là, leur dites-vous, vous conduira à la
montagne.
Le premier signal qui vous montrera que vous approchez de la montagne
est un vent d’une violence telle qu’il fend le mont et brise les
rochers. Des tigres, des dragons, et d’autres animaux horribles et
cruels s’offriront à votre vue.
Voici un tremblement de terre qui disperse et aplanit les amas que le
vent avait faits.
Après le tremblement de terre, voici un feu intense qui va dévorer toute
la matière et faire apparaître à vos yeux le trésor. Mais vous, vous ne
pouvez encore le voir.
Puis, vers le matin, viendra un calme bienfaisant. Vous verrez l’étoile
matutinale monter et annoncer l’aurore. À ce moment, le trésor s’offrira
à vos yeux.
(Robert Fludd)
C’est pourquoi, si tu veux travailler par nos corps, prends le Loup
gris très avide qui, par l’examen de son nom, est assujetti au
belliqueux Mars, mais, par sa race de naissance, est le fils du vieux
Saturne.
Jette, à ce Loup même, le corps du Roi afin qu’il en reçoive sa
nourriture, et lorsqu’il aura dévoré le Roi, fais un grand feu et
jettes-y le Loup pour le consumer entièrement, et alors le Roi sera
délivré.
Quand cela aura été fait trois fois, alors le Lion aura triomphé du
Loup, et celui-ci ne trouvera plus rien à manger dans celui-là.
Et ainsi notre corps est bon pour le début de notre Œuvre.
(Basile Valentin)
Le coq et le renard ne sont qu’un même hiéroglyphe recouvrant deux
états physiques distincts d’une même matière.
Ce qui apparaît tout d’abord, c’est le coq ou la portion volatile,
conséquemment vivante, active, pleine de mouvement, extraite du sujet,
lequel a pour emblème le chêne. C’est là notre source fameuse dont
l’onde claire coule à la base de l’arbre sacré, si vénéré des Druides,
et que les anciens philosophes ont nommée Mercure, quoiqu’elle n’ait
aucune apparence du vif-argent vulgaire. Car l’eau dont nous avons
besoin est sèche, ne mouille pas les mains et jaillit sous le choc de la
verge d’Aaron. Telle est la signification alchimique du coq, emblème de
Mercure chez les païens et de la résurrection chez les chrétiens.
Ce coq, tout volatil qu’il soit, peut devenir le Phénix. Encore doit-il,
auparavant, prendre l’état de fixité provisoire que caractérise le
symbole du goupil, notre renard hermétique.
Cette eau sèche, quoique entièrement volatile, peut, si l’on découvre le
moyen de la retenir longtemps au feu, devenir assez fixe pour résister
au degré de chaleur qui aurait suffi à l’évaporer en totalité. Elle
change alors d’emblème, et son endurance au feu, sa qualité pondéreuse
lui font attribuer le renard comme enseigne de sa nouvelle nature. L’eau
est devenue terre et le mercure soufre.
Il convient de redissoudre cette terre ou ce sel dans la même eau qui
lui a donné naissance, ou, ce qui revient au même, dans son propre sang,
afin qu’elle devienne une seconde fois volatile, et que le renard
reprenne la complexion, les ailes et la queue du coq. Par une seconde
opération semblable à la précédente, le composé se coagulera de nouveau,
il luttera encore contre la tyrannie du feu, mais cette fois dans la
fusion même et non plus à cause de sa qualité sèche.
Ainsi naîtra la première pierre, non absolument fixe ni absolument
volatile, toutefois assez permanente au feu, très pénétrante et très
fusible, propriétés qu’il vous faudra augmenter à l’aide d’une troisième
réitération de la même technique. Alors le coq, attribut de saint
Pierre, pierre véritable et fluente sur laquelle repose l’édifice
chrétien, le coq aura chanté trois fois.
(Fulcanelli)
Si donc vous désirez posséder le griffon – qui est notre pierre
astrale – en l’arrachant de sa gangue arsenicale, prenez deux parts de
terre vierge, notre dragon écailleux, et une de l’agent igné, lequel est
ce vaillant chevalier armé de la lance et du bouclier. Arès, plus
vigoureux qu’Aries, doit être en moindre quantité. Pulvérisez et ajoutez
la quinzième partie du tout de ce sel pur, blanc, admirable, plusieurs
fois lavé et cristallisé, que vous devez nécessairement connaître.
Mélangez intimement.
Puis, prenant exemple sur la douloureuse passion de Notre-Seigneur,
crucifiez avec trois pointes de fer, afin que le corps meure et puisse
ressusciter ensuite.
Cela fait, chassez du cadavre les sédiments les plus grossiers ; broyez
et en triturez les ossements ; malaxez le tout sur un feu doux avec une
verge d’acier.
Jetez alors dans ce mélange la moitié du second sel, tiré de la rosée
qui, au mois de mai, fertilise la terre, et vous obtiendrez un corps
plus clair que le précédent.
Répétez trois fois la même technique ; vous parviendrez à la minière de
notre mercure, et vous aurez gravi la première marche de l’escalier des
sages.
(Fulcanelli)
Qu’on fasse combattre les deux héros belliqueux Saturne et Mars
(encore que le premier soit d’humeur pacifique). Après trois ou quatre
assauts réitérés, ils feront la paix et, en témoignage de
réconciliation, feront voir la splendide bannière, semblable à une
étoile.
A ces héros belliqueux à présent unis et quelque peu fatigués par leur
ardent combat, sera offerte, pour les restaurer, l’eau de la vie
(laquelle requiert cependant encore une rectification) par l’usage de
laquelle ces duellistes triomphants noueront un lien d’alliance à jamais
indissoluble.
Comme signe de cette union solide et immuable apparaissent les deux
colombes de Diane, tenant en leur bec la branche d’olivier.
Et pour que cette paix soit annoncée au monde tout entier, apparaît un
héraut qui la proclame d’une voix retentissante, à 7 ou 9 reprises, par
tout l’univers.
A présent ceux qui étaient contraires se trouvent unis ; à présent,
après bien des tempêtes qui ont déchiqueté les rochers, après les
tremblements de terre, après le Feu dévorant, se manifeste à nouveau un
sifflement doux et tranquille.
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende, car je puis assurer
que tout l’art est contenu en ce peu de paroles, si claires pour un fils
de l’Art qu’il n’est aucunement besoin d’en ajouter d’autres.
(Leona Constantia – Fleur Solaire des Sages)
