Confidences
Je vous plaindrai beaucoup si, comme moi, après avoir connu la
véritable matière, vous passiez quinze années entièrement dans le
travail, dans l’étude et la méditation, sans pouvoir extraire de la
pierre le suc précieux qu’elle renferme dans son sein, faute de
connaître le feu secret des sages, qui fait couler de cette plante sèche
et aride en apparence une eau qui ne mouille pas les mains.
(Limojon de Saint-Didier)
Calid : En quel lieu et en quelle minière doit-on chercher cette
chose pour la trouver ?
Ici Morien se tut, et, baissant la tête, il songea longtemps ce qu’il
devait répondre au Roi ; enfin, se redressant, il dit :
Ô Roi, je vous confesse la vérité, que Dieu, par son bon plaisir, a créé
cette chose plus remarquable en vous, et qu’en quelque lieu que vous
soyez elle est en vous, et n’en saurait être séparée, et que tout ce que
Dieu a créé ne saurait subsister sans elle, de sorte que si on la sépare
de quelque créature elle meurt tout aussitôt.
(Entretien du Roi Calid et du Philosophe Morien)
Je pourrais conter bien d’autres aventures analogues et davantage
encore sur les farfelus qui se sont présentés chez moi au fil des ans,
pour avoir la permission de travailler dans mon laboratoire et d’y
préparer, naturellement, la pierre philosophale, alors que la plupart
d’entre eux ne savaient même pas distiller convenablement une
eau-forte.
C’est ainsi, par exemple, que je connais quelqu’un qui, depuis bientôt
quarante ans, veut tirer le mercurius philosophorum de l’air (sans doute
en l’attrapant avec son chapeau). Il emportera ses mirages avec lui dans
la tombe.
(Alexander von Bernus)
Si tu as le malheur de t’introduire auprès des princes et des rois,
ils ne cesseront de te demander :
« Maître, comment va l’œuvre, quand verrons-nous enfin quelque chose de
bon ? »
Si tu n’arrives pas à bonne fin, tu ressentiras tout l’effet de leur
colère.
Si tu réussis, au contraire, ils te garderont chez eux dans une
captivité perpétuelle, dans l’intention de te faire travailler à leur
profit.
(Albert le Grand)
Cette unique matière de la Pierre, bien qu’elle soit commune, n’est
pas connue à un chacun.
Tous la portent avec eux et, de cent mille, un seul la connaîtra.
Tu ne peux faire un pas sans la trouver à ton chemin, car elle est hors
de toi aussi bien que dans toi.
Et toutefois le nombre est fort petit de ceux qui la connaissent ; un
million la cherchent et pas un ne la trouve.
(Dom Belin)



