François Trojani (1936-2023)
Esprit original et indépendant.
Son meilleur livre : Alchimie - Grand Œuvre et Don de Dieu (2022)
Les écrits du tellement prisé Fulcanelli…
Les deux populaires ouvrages écrits sous ce pseudonyme sont à la fois
une source incontournable et sérieuse de renseignements sur les
opérations au laboratoire du Grand Œuvre, et dans un même temps, sous
d’agréables et séduisants récits, le plus parfait des systèmes de
brouillage et d’occultation sur le Grand Œuvre jamais conçu.
Donc, dans la plupart des cas et des relations qui nous sont parvenus,
l’entièreté du secret de la réalisation de la Pierre se résumerait à la
transmutation des vils métaux en or, et s’opérerait au
laboratoire.
On entrait et on sortait par la même porte ! Pour la plupart de ceux qui
entraient en vue d’un tel et aurifère but, nul besoin de hautes
philosophies et de connaissance de soi.
Un adepte ne pousse pas l’indécence jusqu’à étaler son savoir devant
quelques touristes de l’occulte, dans une usine à gaz d’une banlieue
parisienne, afin de transmuter du plomb en or.
De même, il n’invite pas son disciple en Espagne ou ailleurs, pour
parader devant lui, vêtu d’habits d’un autre âge !
Passons, passons, rapidement, très, très rapidement…
On voit, figurant sur la droite de la toile [hors-texte IV du volume
Alchimie, de Canseliet], un homme allongé sur un brancard et dont un
aidant introduit la tête dans un four.
De la tête calcinée s’échappe en fumée différents objets, lesquels sont
des figurations symboliques, sans doute, de tout le bric à brac que sa
mémoire avait accumulé.
À l’angle gauche du tableau, on assiste à la même drastique
évacuation-purification mais, dès lors, de matières plus lourdes et
fécales, le tout figuré par un patient assis sur une chaise
percée.
Bien évidemment, il ne s’agit pas de l’enfournement du caput
mortuum, de cette tête morte que l’on obtient par voie
pyrotechnique au fourneau, afin, nous est-il dit, que l’acteur devienne
ainsi par cet acte, un Philosophe par le feu !
Une telle naïveté et méconnaissance de ce qu’est le Grand Œuvre laisse
pantois, et dès lors conduit à mal augurer le reste des explications que
fournit l’ouvrage [dudit Canseliet] !
C’est le Ciel (et je n’entends pas celui des variations climatiques
terrestres, astrologiques ou des cycles lunaires) qui facilite,
accompagne, approuve ou rend impossible la réussite.
J’ai entendu formuler ces choses maintes fois par Canseliet, alors qu’on
lui rendait visite à Savignies, Bernard Husson et moi-même.
Il y avait jadis des travaux, hors d’œuvre, vraiment difficiles,
consistant à fabriquer les compositions chimiques nécessaires à la
confection de l’aimant qui attire, du nord, le feu du ciel…
C’était peut-être à cette seule connaissance que tenait l’essentiel de
la transmission de maître à disciple.
Toute l’Alchimie repose sur la capitale découverte suivante : le monde n’est que très partiellement une donnée extérieure et, dès lors, lorsqu’on parle d’intériorité, on ne parle pas forcément de subjectivité.
Aux dires de certains des Élus, comme preuve absolue des choses qui viennent de Dieu : l’immense et bouleversant silence, l’immense stupéfaction qui suit l’émergence de la Pierre, cet instant où tout l’ancien monde et l’architecture du vieil homme commencent à s’effacer.
Les travaux préparatoires n’ont d’herculéens que la patience ; car la confection de notre mercure, ce pivot de l’œuvre, exige généralement beaucoup de temps, au minimum deux années, lorsque toutes les bonnes matières et conditions extérieures se trouvent réunies.
Il y a des matières premières privilégiées par rapport à d’autres,
mais la plus simple, la plus courante et la moins coûteuse est la
meilleure.
Pour remplir, il faut au préalable vider. Il suffit donc de connaître le
procédé qui vide la Materia Prima, afin de la rendre attractive…
Vider, remplir, évaporer à très faible température le superflu, et
cuire, constitue un jour naturel.
En précisant cependant que ce jour peut être à l’heure actuelle de 24,
36 ou 48 heures, ou plus parfois…
De là naît la Pierre au blanc, comme un sel transparent qui brille comme
du diamant. Elle se montre dès lors capable d’attirer les rayons du
Soleil, comme elle les avait précédemment, durant sa gestation, attirés
de la Lune.
Par la suite, avec grande prudence cependant, il suffit de cuire, afin
de rougir…
