Comment l’Esprit vient aux Philosophes
Jamais je ne serais parvenu à trouver les opérations nécessaires et
indispensables pour faire la pierre philosophale si Dieu ne m’avait
inspiré en trois différentes fois, et à quatre années de distance d’une
inspiration à l’autre, la manière de bien faire l’opération alchimique
que j’ignorais, et que je n’aurais jamais pu trouver de moi-même, si une
voix forte (qui toujours était précédée d’un fort coup de vent à mon
oreille droite), et que pour la première fois j’ai fort bien entendue
(étant dans mon lit à sept heures du matin, réfléchissant sur mon
ouvrage que je ne pouvais continuer) ne m’était venue redresser en me
disant : Il faut s’y prendre de telle manière. Je suivais l’inspiration,
et l’opération que j’ignorais se faisait parfaitement bien.
La deuxième inspiration fut précédée comme la première par un fort coup
de vent à mon oreille droite : ce fut en plein midi, et dans le fond
d’une diligence, entre Lyon et Paris, où je me rendais pour y continuer
mon ouvrage alchimique. Je fus averti de cette manière : Tu te trompes,
les livres hermétiques disent comme cela.
Et la troisième inspiration, qui fut plutôt une vision, vint m’éclairer
quatre ans après. L’opération et la perfection du travail que je faisais
se présenta devant mes yeux ; et mon odorat, par l’odeur qui s’en
exhalait, me prouva qu’elle était bonne et bien faite, et me donna la
conviction que j’étais parvenu à la fin de la première partie de mon
ouvrage alchimique ou de la pierre du premier ordre, ce qui me réjouit
beaucoup.
(Cambriel)
Nous étions encore aveugles, et par aucune science ne l’eussions pu
comprendre, sans un esprit de prophétie venant du Père des lumières, qui
ne délaisse point les siens.
Fit en sommeillant reluire devant nos yeux une telle clarté que nous
reconnûmes que, pour l’accomplissement, nous n’avions qu’à disposer le
corps à une naturelle et secrète décoction, moyennant laquelle, par
ordre rétrogradé, soudain la nature fut visiblement dissoute en pure
noirceur.
(Pierre Vicot)
Ceux qui liront Geber et tous les autres Philosophes, quand ils
vivraient cent millions d’années, ne le sauront comprendre.
Car ce feu ne se peut découvrir que par la seule et profonde méditation
de la pensée.
Ensuite on le comprendra dans les livres, et non autrement.
(Pontanus)
