alchimie & mystique  - 073 -


Philalèthe (XVIIe siècle)


Du travail et de l’ennui de la première préparation

I
Quelques ignorants, qui jouent aux Chimistes, s’imaginent que l’œuvre entier, du début à la fin, n’est que pure récréation, où l’on ne trouve que du plaisir, et décrètent que la difficulté réside au-delà de ce travail ; qu’ils profitent donc tranquillement de cette opinion ; dans l’ouvrage qu’ils estiment si facile, ils ne rencontreront que du vent, grâce à leurs opérations oisives. Quant à moi, je sais par expérience qu’une fois acquise la bénédiction divine et un bon principe de départ, on ne peut réussir qu’avec beaucoup de peine, d’ingéniosité et d’assiduité.

II
[…] Comme dit Hermès, il ne faut épargner aucune peine, ni d’esprit, ni de corps. Sinon, ce qu’a prédit le Sage dans ses paraboles se vérifiera : le désir du paresseux le fera périr. Aussi ne doit-on pas s’étonner que tant de gens se mêlant d’alchimie soient réduits à l’indigence, puisqu’ils fuient le travail sans craindre la dépense.

III
Mais moi qui connais l’opération pour l’avoir pratiquée avec soin, je sais à n’en pas douter qu’il n’est pas de travail plus ennuyeux que notre première préparation. C’est pourquoi Morien avertit sérieusement le roi Calid que beaucoup de sages se sont plaints de l’ennui que leur causait cette opération. Et je ne voudrais pas que cela fût pris métaphoriquement, car je ne considère pas les faits tels qu’ils apparaissent au commencement de l’œuvre surnaturel, mais tels qu’on les rencontre dès l’abord. Rendre la masse bien disposée, dit le poète, c’est cela le travail, l’œuvre. […] C’est ce qui fait dire au célèbre auteur du Secret hermétique que le premier travail est un travail d’Hercule.

IV
On trouve en effet dans nos principes de nombreux éléments hétérogènes superflus qu’il est impossible d’amener à la pureté (la pureté qui convient à notre œuvre) et qu’il faut donc complètement éliminer, ce qu’on ne peut faire si l’on ignore la Théorie de nos secrets, grâce à laquelle nous enseignons le moyen de tirer du sang menstruel de cette prostituée le Diadème Royal. Et quand on connaît ce moyen, il reste encore un grand travail, si lourd que, comme dit le Philosophe, plusieurs, épouvantés par les difficultés, ont abandonné l’ouvrage inachevé.

V
Ne crois pas cependant qu’une femme ne puisse entreprendre cet ouvrage, si elle le considère comme un travail sérieux et non comme un jeu. Mais une fois préparé le Mercure, que Bernard de Trévisan appelle sa fontaine, on trouve enfin le repos qui, selon le Philosophe, est bien plus désirable que tous les labeurs.

(Philalèthe – L’entrée ouverte au Palais fermé du Roi - chapitre 8)