André Savoret (1898-1977)
Son opuscule : Qu'est-ce que l'Alchimie ? (1947) reste très apprécié.
L’homme terrestre, non régénéré, qui s’est tissé un cocon mental, astral et physique qui ne laisse plus filtrer, comme le dit Saint Jean, « la Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde », est, de ce fait, inapte à comprendre le vrai sens de l’alchimie : il cherche des formules, des « trucs », des « tours de main », s’imaginant que toute l’alchimie réside en quelque description de laboratoire.
Ainsi toutes les opérations décrites par les vrais alchimistes doivent-elles s’entendre simultanément au physique et au spirituel, l’un n’excluant nullement l’autre.
Comme les débuts de l’Œuvre physique, les débuts de l’Œuvre spirituel sont « travaux d’Hercule ».
L’œuvre essentiel, celui qui commande tous les autres, est ce que les
Rose-Croix appelaient l’Ergon, l’œuvre par excellence, cet œuvre ont
dont le « Moi » est la matière brute.
L’œuvre matériel, les Rose-Croix le nommaient le Parergon.
Être Rose-Croix implique que l’on puisse réaliser le Parergon,
c’est-à-dire l’œuvre transmutatoire métallique, mais non nécessairement
qu’on l’ait effectivement réalisé ou même entrepris.
Par contre, être Rose-Croix implique nécessairement qu’on ait entrepris
et réalisé l’Ergon, le dur et quotidien travail sur soi-même, le
véritable œuvre du Phénix, qui doit donner le coup de grâce au vieil
Adam.
Poursuivre d’abord le mirage doré de la transmutation métallique, c’est
mettre la charrue avant les bœufs ; c’est vouloir faire produire des
fruits à un arbre mort.
Ignis et Azoth tibi sufficiunt, disent les Adeptes.
Trouve d’abord en toi cette eau, dégage-la des superfluités et des
ténèbres infernales, c’est là le travail préparatoire du véritable
Grand-Œuvre.
Quand cette purification qui t’incombe sera terminée, l’Esprit
descendra. Mais ceci ne t’incombe pas. C’est Dieu qui choisira son
heure.
Tel est le vrai Grand-Œuvre, par lequel ton nom sera écrit dans le Livre
de Vie.
L’autre, le Grand-Œuvre physique, te sera donné par surcroît.
Le Grand-Œuvre physique et le Grand-Œuvre mystique sont analogues
mais point identiques.
Avoir réalisé le dernier c’est pouvoir réaliser souverainement le
premier.
Avoir réalisé le premier, c’est savoir quel chemin peut conduire à la
réalisation du dernier mais ce n’est pas forcément avoir parcouru ce
chemin.
La nuance est de première importance.
Il y a au centre des choses, comme le dit d’Eckhartshausen, un
élément incorruptible, gage et générateur d’incorruptibilité. Cet
élément primordial, il faut le dégager des « ombres cimmériennes »,
c’est-à-dire des impuretés dont il s’est revêtu et qui le déguisent aux
yeux profanes, « avec délicatesse et une extrême prudence », selon le
charitable conseil de la Table d’Émeraude. Ainsi, les substances épurées
et revivifiées sont ramenées peu à peu à leur substrat
incorruptible.
Pour une telle transformation, un agent dynamique et mystérieux, qui
reçut bien des noms, est indispensable. C’est même sa connaissance et
son emploi judicieux qui sont requis absolument pour toute opération
réellement alchimique.
En ce qui concerne l’alchimie spirituelle, il n’y a aucun inconvénient à
le nommer : cet agent est l’Amour et sa source intarissable est le
Verbe, dans sa fonction de Rédempteur.
Il en va autrement s’il s’agit d’alchimie métallique. En ce domaine, les
alchimistes sont excessivement discrets.
