Esprit Zen
Le thème constant de tous les arts zen, c’est la vie sans but,
l’expression de l’état d’âme de l’artiste, sa sensation de n’aller nulle
part en un instant intemporel.
Cette sensation, tous les hommes arrivent à l’éprouver, et c’est
précisément alors qu’ils perçoivent ces vives lueurs du monde illuminant
les déserts intermédiaires de la mémoire : l’odeur des feuilles qui
brûlent dans le matin d’un brouillard automnal, un envol de pigeons dans
le soleil sous un ciel orageux, le bruit d’une chute d’eau invisible au
crépuscule, ou le simple cri de quelque oiseau au cœur de la
forêt.
Dans l’art zen, chaque paysage, chaque croquis de bambous dans le vent
ou de rochers solitaires, est un écho de tels instants.
(Alan Watts)
L’Après-Zen forme le dernier volet de cette trilogie
consacrée aux vicissitudes de la pratique du Zen.
Van de Wetering revient, avec une certaine nostalgie, mais toujours avec
le même regard amusé et parfois désabusé sur les protagonistes de la
« grande affaire de la vie et de la mort » qu’il a pu côtoyer ici ou
là.
Une série de portraits où se télescopent le passé et le présent,
l’Orient et l’Occident, compose un livre écrit comme un roman mais où
tout est si vrai : les maîtres zen qui se prennent au sérieux, les
maîtres zen qui ne se prennent pas au sérieux, les bonzes qui font le
mur, les pratiquants qui ont tout laissé tomber comme on plaque une
maîtresse un peu trop envahissante et qui pensent que le meilleur dans
le zen, c’est son après.
Mais qui tous rêvent encore (comme Van de Wetering sans doute) de
l’éveil.
(un commentaire au livre de Van de Wetering : L’Après-Zen)
L’homme véritable ne regrette pas ses œuvres et ne tire pas fierté de
ses bonnes actions.
Il ne rêve pas pendant son sommeil, il ne se fait pas de souci à son
réveil.
Il ne prend pas de repas savoureux.
Il respire très profondément : sa respiration vient de ses talons, alors
que la respiration des hommes ordinaires ne provient que de la
gorge.
Il ne connaît ni amour de la vie ni horreur de la mort. Il s’en va tout
naturellement comme il est venu, sans plus.
Il se contente de ce qui lui est donné. Son cœur est tranquille, son
visage imperturbable. Il sait s’adapter à tous les êtres ; personne ne
connaît la portée de son adaptation.
Dans son commerce avec les hommes, il paraît personnel mais sans
entêtement. Il n’agit que par nécessité.
Son visage est réservé. Il est si détaché du monde qu’il en oublie
l’usage de la parole.
Ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas est tout un.
(Tchouang-Tseu)
Il y a deux sortes d’erreurs qui prévalent maintenant parmi les
disciples du Zen.
Les uns pensent qu’il y a des choses merveilleuses cachées dans les mots
et les formules, et ceux qui soutiennent cette opinion s’efforcent
d’apprendre beaucoup de mots et de phrases.
Les autres vont à l’autre extrême, oubliant que les mots sont le doigt
indicateur, par lequel on montre à quelqu’un où est située la lune.
Suivant aveuglément l’instruction des sutras où l’on dit que les mots
font obstacle à la compréhension correcte de la vérité du Zen et du
Bouddhisme, ils rejettent tous les enseignements verbaux et s’assoient
simplement les yeux fermés, abaissant leurs sourcils comme s’ils étaient
complètement morts.
Ils appellent cela méditation tranquille, contemplation intérieure et
réflexion silencieuse.
C’est seulement quand on en a fini avec ces deux vues erronées qu’il y a
une chance de progresser réellement vers la maîtrise du Zen.
(Lettre de Tai-houei (1089-1163) à un disciple)
Quand je regarde les champs, j’ai toujours envie de lui dire : « tu
vois ? tu vois ? »
Et je suis sûr qu’elle voit.
J’espère que, plus tard, ces prairies lui feront comprendre quelque
chose, dont j’ai renoncé à parler ; quelque chose qui existe là, parce
que rien d’autre n’existe, et qu’on peut percevoir ici, parce qu’il n’y
a rien d’autre à percevoir.
Sylvia a quelquefois l’air si déprimée par la monotonie et l’ennui de sa
vie citadine que, dans cette infinité d’herbe et de vent, elle verra
peut-être apparaître ce qui quelquefois apparaît quand on accepte la
monotonie et l’ennui.
Je sais ce que c’est, mais je ne sais comment l’appeler.
(Robert Pirzig (1928-2017) - Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes)



Je tâchais à force de tête et de pensées de me donner une présence de
Dieu continuelle.
Mais je me donnais bien de la peine, et je n’avançais guère.
Je voulais avoir par effort ce que je ne pouvais acquérir qu’en cessant
tout effort.
(Madame Guyon)
