alchimie & mystique  - 056 -


Esprit Zen


Le thème constant de tous les arts zen, c’est la vie sans but, l’expression de l’état d’âme de l’artiste, sa sensation de n’aller nulle part en un instant intemporel.
Cette sensation, tous les hommes arrivent à l’éprouver, et c’est précisément alors qu’ils perçoivent ces vives lueurs du monde illuminant les déserts intermédiaires de la mémoire : l’odeur des feuilles qui brûlent dans le matin d’un brouillard automnal, un envol de pigeons dans le soleil sous un ciel orageux, le bruit d’une chute d’eau invisible au crépuscule, ou le simple cri de quelque oiseau au cœur de la forêt.
Dans l’art zen, chaque paysage, chaque croquis de bambous dans le vent ou de rochers solitaires, est un écho de tels instants.

(Alan Watts)


L’Après-Zen forme le dernier volet de cette trilogie consacrée aux vicissitudes de la pratique du Zen.
Van de Wetering revient, avec une certaine nostalgie, mais toujours avec le même regard amusé et parfois désabusé sur les protagonistes de la « grande affaire de la vie et de la mort » qu’il a pu côtoyer ici ou là.
Une série de portraits où se télescopent le passé et le présent, l’Orient et l’Occident, compose un livre écrit comme un roman mais où tout est si vrai : les maîtres zen qui se prennent au sérieux, les maîtres zen qui ne se prennent pas au sérieux, les bonzes qui font le mur, les pratiquants qui ont tout laissé tomber comme on plaque une maîtresse un peu trop envahissante et qui pensent que le meilleur dans le zen, c’est son après.
Mais qui tous rêvent encore (comme Van de Wetering sans doute) de l’éveil.

(un commentaire au livre de Van de Wetering : L’Après-Zen)


L’homme véritable ne regrette pas ses œuvres et ne tire pas fierté de ses bonnes actions.
Il ne rêve pas pendant son sommeil, il ne se fait pas de souci à son réveil.
Il ne prend pas de repas savoureux.
Il respire très profondément : sa respiration vient de ses talons, alors que la respiration des hommes ordinaires ne provient que de la gorge.
Il ne connaît ni amour de la vie ni horreur de la mort. Il s’en va tout naturellement comme il est venu, sans plus.
Il se contente de ce qui lui est donné. Son cœur est tranquille, son visage imperturbable. Il sait s’adapter à tous les êtres ; personne ne connaît la portée de son adaptation.
Dans son commerce avec les hommes, il paraît personnel mais sans entêtement. Il n’agit que par nécessité.
Son visage est réservé. Il est si détaché du monde qu’il en oublie l’usage de la parole.
Ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas est tout un.

(Tchouang-Tseu)


Il y a deux sortes d’erreurs qui prévalent maintenant parmi les disciples du Zen.
Les uns pensent qu’il y a des choses merveilleuses cachées dans les mots et les formules, et ceux qui soutiennent cette opinion s’efforcent d’apprendre beaucoup de mots et de phrases.
Les autres vont à l’autre extrême, oubliant que les mots sont le doigt indicateur, par lequel on montre à quelqu’un où est située la lune. Suivant aveuglément l’instruction des sutras où l’on dit que les mots font obstacle à la compréhension correcte de la vérité du Zen et du Bouddhisme, ils rejettent tous les enseignements verbaux et s’assoient simplement les yeux fermés, abaissant leurs sourcils comme s’ils étaient complètement morts.
Ils appellent cela méditation tranquille, contemplation intérieure et réflexion silencieuse.
C’est seulement quand on en a fini avec ces deux vues erronées qu’il y a une chance de progresser réellement vers la maîtrise du Zen.

(Lettre de Tai-houei (1089-1163) à un disciple)


Quand je regarde les champs, j’ai toujours envie de lui dire : « tu vois ? tu vois ? »
Et je suis sûr qu’elle voit.
J’espère que, plus tard, ces prairies lui feront comprendre quelque chose, dont j’ai renoncé à parler ; quelque chose qui existe là, parce que rien d’autre n’existe, et qu’on peut percevoir ici, parce qu’il n’y a rien d’autre à percevoir.
Sylvia a quelquefois l’air si déprimée par la monotonie et l’ennui de sa vie citadine que, dans cette infinité d’herbe et de vent, elle verra peut-être apparaître ce qui quelquefois apparaît quand on accepte la monotonie et l’ennui.
Je sais ce que c’est, mais je ne sais comment l’appeler.

(Robert Pirzig (1928-2017) - Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes)


Je tâchais à force de tête et de pensées de me donner une présence de Dieu continuelle.
Mais je me donnais bien de la peine, et je n’avançais guère.
Je voulais avoir par effort ce que je ne pouvais acquérir qu’en cessant tout effort.

(Madame Guyon)