alchimie & mystique  - 022 -


Le Mémorial de Pascal


L’an de grâce 1654.
Lundi 23 novembre, jour de saint Clément
Pape et m. et autres au martyrologe romain
veille de saint Chrysogone m. et autres, etc.
Depuis environ dix heures et demi du soir
jusques environ minuit et demi.

_______________________ FEU. __________________

Dieu d’Abraham. Dieu d’Isaac. Dieu de Jacob
non des philosophes et savants.
Certitude, joie, certitude, sentiment, vue, joie
Dieu de Jésus‑Christ.
Deum meum et Deum vestrum.
Jean 20. 17.
Ton Dieu sera mon Dieu. Ruth.
Oubli du monde et de Tout hormis DIEU
Il ne se trouve que par les voies enseignées
dans l’Évangile. Grandeur de l’âme humaine.
Père juste, le monde ne t’a point
connu, mais je t’ai connu. Jean 17.
Joie, joie, joie et pleurs de joie
Je m’en suis séparé
Dereliquerunt me fontem
mon Dieu, me quitterez‑vous
que je n’en sois pas séparé éternellement.

Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent
seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé
Jésus-Christ
Jésus-Christ
je l’ai fui, renoncé, crucifié
je m’en suis séparé,
que je n’en sois jamais séparé
il ne se conserve que par les voies enseignées
dans l’Évangile.
Renonciation totale et douce
Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.
Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre.
Non obliviscar sermones tuos. Amen.



Nous tenons dans notre poing serré ce papier invisible, ce Mémorial que nous n’avons jamais vu, et qui pourtant ne nous aura pas quitté un seul jour durant ces soixante années. Nous croyons aujourd’hui, comme nous l’avons cru au départ, que tout ce qu’il annonce est vrai, que cette certitude existe, que cette paix peut dès ici-bas être atteinte, et cette joie.
Le feu d’une seule nuit de Pascal aura suffi à nous éclairer durant toute notre vie et, comme l’enfant que la veilleuse rassurait dans la chambre peuplée d’ombres, à cause de ce feu nous n’aurons pas peur de nous endormir.
(François Mauriac – La dette envers Pascal)