L’impasse de l’alchimie spirituelle
Les kabbalistes chrétiens et les savants initiés de la Renaissance :
Agrippa, Postel, Cardan, Khunrath, Paracelse et même Michel Maier,
semblent avoir engagé les sciences traditionnelles dans l’impasse vers
laquelle les avait orientées déjà Pic de la Mirandole et Reuchlin, au
XVe siècle, c’est-à-dire dans la voie d’une théosophie
mystico-scientifique dont la conséquence ne pouvait être que le
développement de l’illuminisme.
Avec l’œuvre de Jacob Boehme (1575-1624), dans laquelle la philosophie
de la nature se développe parallèlement à l’enseignement de la
révélation chrétienne, commence le grand mouvement auquel se rallieront,
au XVIIIe siècle, William Law, Claude de Saint-Martin et la plupart des
théosophes des temps modernes.
(Alleau)
À partir du XVe siècle, l’alchimie perd son caractère pratique pour
devenir ce qu’elle était déjà chez Zozime le Panopolitain, au IIIe
siècle de notre ère, une philosophie de l’alchimie. Sa décomposition
interne, qui mène à son extinction au XVIIIe siècle, sous les coups des
lumières de la chimie moderne, commence dès l’instant où de nombreux
alchimistes quittent leur fourneau et leur creuset pour se consacrer
exclusivement à la philosophie hermétique.
Cette transformation de l’alchimie, qui apparaît nettement chez le
métaphysicien Jacob Boehme, est déjà sensible chez Paracelse. Elle se
marque dans l’absorption progressive par les alchimistes de la
Renaissance et du baroque de traditions parallèles, dont la plus
importante est la kabbale.
Simultanément la spagyrie se gorge de thèmes et de symboles du
christianisme traditionnel. Elle débouche dans un syncrétisme religieux,
dans une véritable gnose alchimique, qui fleurit aussi bien chez Michel
Maier que chez Henricus Khunrath, qui s’écarte de plus en plus du
travail patient du laboratoire.
Le passage est nettement sensible dans le parallèle systématique que les
alchimistes établissent, durant cette période, entre la pierre
philosophale et le Christ.
(Gorceix)
L’évolution de l’alchimie chinoise se déroula de façon comparable à
celle de l’alchimie européenne, à des époques différentes.
À partir du VIe siècle après J.-C., l’alchimie taoïste s’orienta vers un
mysticisme fort éloigné des pratiques positives et concrètes de ses
premiers maîtres. On interpréta les textes anciens comme des allégories
concernant des vérités purement intérieures.
[…] L’alchimie mystique s’est orientée, au XIe siècle après J.-C., dans
une direction contemplative et s’est transformée, au XIIIe siècle, en
une technique ascétique, principalement sous l’influence du bouddhisme
zen.
Cette élaboration relativement tardive fut l’œuvre de pieux lettrés et
elle ne présente plus, dès lors, les caractères traditionnels de
l’alchimie chinoise archaïque.
(Alleau)
