alchimie & mystique  - 014 -


L’impasse de l’alchimie spirituelle


Les kabbalistes chrétiens et les savants initiés de la Renaissance : Agrippa, Postel, Cardan, Khunrath, Paracelse et même Michel Maier, semblent avoir engagé les sciences traditionnelles dans l’impasse vers laquelle les avait orientées déjà Pic de la Mirandole et Reuchlin, au XVe siècle, c’est-à-dire dans la voie d’une théosophie mystico-scientifique dont la conséquence ne pouvait être que le développement de l’illuminisme.
Avec l’œuvre de Jacob Boehme (1575-1624), dans laquelle la philosophie de la nature se développe parallèlement à l’enseignement de la révélation chrétienne, commence le grand mouvement auquel se rallieront, au XVIIIe siècle, William Law, Claude de Saint-Martin et la plupart des théosophes des temps modernes.
(Alleau)


À partir du XVe siècle, l’alchimie perd son caractère pratique pour devenir ce qu’elle était déjà chez Zozime le Panopolitain, au IIIe siècle de notre ère, une philosophie de l’alchimie. Sa décomposition interne, qui mène à son extinction au XVIIIe siècle, sous les coups des lumières de la chimie moderne, commence dès l’instant où de nombreux alchimistes quittent leur fourneau et leur creuset pour se consacrer exclusivement à la philosophie hermétique.
Cette transformation de l’alchimie, qui apparaît nettement chez le métaphysicien Jacob Boehme, est déjà sensible chez Paracelse. Elle se marque dans l’absorption progressive par les alchimistes de la Renaissance et du baroque de traditions parallèles, dont la plus importante est la kabbale.
Simultanément la spagyrie se gorge de thèmes et de symboles du christianisme traditionnel. Elle débouche dans un syncrétisme religieux, dans une véritable gnose alchimique, qui fleurit aussi bien chez Michel Maier que chez Henricus Khunrath, qui s’écarte de plus en plus du travail patient du laboratoire.
Le passage est nettement sensible dans le parallèle systématique que les alchimistes établissent, durant cette période, entre la pierre philosophale et le Christ.
(Gorceix)


L’évolution de l’alchimie chinoise se déroula de façon comparable à celle de l’alchimie européenne, à des époques différentes.
À partir du VIe siècle après J.-C., l’alchimie taoïste s’orienta vers un mysticisme fort éloigné des pratiques positives et concrètes de ses premiers maîtres. On interpréta les textes anciens comme des allégories concernant des vérités purement intérieures.
[…] L’alchimie mystique s’est orientée, au XIe siècle après J.-C., dans une direction contemplative et s’est transformée, au XIIIe siècle, en une technique ascétique, principalement sous l’influence du bouddhisme zen.
Cette élaboration relativement tardive fut l’œuvre de pieux lettrés et elle ne présente plus, dès lors, les caractères traditionnels de l’alchimie chinoise archaïque.
(Alleau)