alchimie & mystique  - 161 -


Envieux ou Charitable


Que dirons-nous de tant de volumes, plus dangereux que la peste, dont les auteurs, quoique très doctes en leur genre, sont pourtant si remplis d’envie que Dieu sans doute les punira d’avoir été la cause de tant de malheurs et les mesurera à la même mesure dont ils ont mesuré les autres ?

À quoi servent tant de traités pleins d’impostures, tant de fausses recettes, et tant d’écrits suggérés par le démon, sinon pour perdre les gens trop crédules ? Et quel avantage a un philosophe de suer sur de pareils ouvrages, qui causent tant de maux ?

Si vous ne voulez pas qu’on profite de la lecture de vos livres, pourquoi attirer les gens par de belles promesses, et que ne gardez-vous plutôt un silence dont Dieu et les hommes vous sauraient plus de gré que de parler avec envie ?

On voit beaucoup d’auteurs qui, en accusant les autres d’avoir été envieux, et d’avoir caché malicieusement la vérité, répandent dans leurs discours encore plus d’obscurité que les premiers, ce qui fait que les pauvres étudiants ne recueillent de toute leur doctrine que beaucoup de confusion.

Il n’y en a quasi point, parmi ceux qui écrivent, qui ne promettent de parler fidèlement et sincèrement ; et cependant leurs discours sont si pleins d’ambiguïté qu’ils ne peuvent qu’à grand-peine être entendus par les plus doctes.

Il vaut bien mieux se taire, lorsqu’on se croit obligé de garder le secret, que de substituer un mensonge à sa place, à dessein de jeter les gens dans l’erreur.

Est-ce que l’art ne serait pas assez caché aux ignorants, si les philosophes se contentaient d’être réservés ou sur la matière ou sur le vaisseau, ou sur le feu ?
À peine avec cela y en aurait-il un sur mille qui pût approcher de cette table sacrée.
Mais il ne suffit pas à ces messieurs de cacher toutes ces choses, il faut encore qu’ils mettent en leur place des visions et des fantaisies, par où, bien loin de rendre un lecteur plus savant, ils ne font que montrer leur malice et leur envie.

(Bruno de Lansac)


On est assez persuadé qu’il n’y a déjà que trop de livres qui traitent de la Philosophie Hermétique ; et qu’à moins de vouloir escrire de cette science clairement, sans équivoque, et sans allégorie (ce qu’aucun sage ne fera jamais) il vaudrait beaucoup mieux demeurer dans le silence, que de remplir le monde de nouveaux ouvrages, plus propres à embarrasser davantage l’esprit de ceux qui s’appliquent à pénétrer les mystères philosophiques, qu’à les redresser dans la véritable voye, qui conduit au terme désiré, où ils aspirent.

En effet la plupart des Philosophes qui en ont escrit, l’ont plutôt fait pour parler de l’heureux succès, dont Dieu a béni leur travail, que pour instruire autant qu’il seroit nécessaire ceux qui s’adonnent à l’estude de cette sacrée science. Cela est si véritable, que la plupart ne font pas même difficulté d’avouer de bonne foy, que ç’a esté là leur principale vue, lorsqu’ils en ont fait des livres.

(Limojon de Saint-Didier)