Theodore Kaczynski (1942-2023)
Theodore Kaczynski, dit Ted Kaczynski et surnommé « Unabomber ».
Il a fait l'objet de la chasse à l'homme la plus coûteuse de l'histoire du FBI.
En 1998 il est condamné pour meurtre à la prison à perpétuité.
Mathématicien de formation, activiste anarcho-écologiste, il est aussi l'auteur de plusieurs textes et ouvrages.
Ted Kaczynski expose ainsi ses positions :
Le progrès technologique nous conduit à un désastre inéluctable. Il
peut s’agir d’un désastre physique (par exemple, une catastrophe
environnementale, sous une forme ou une autre), ou d’un désastre en
termes de dignité humaine (réduction de l’espèce humaine à une condition
dégradée et asservie). Quoi qu’il en soit, le progrès technologique
continu aboutira à un désastre de l’un ou l’autre genre.
Seul l’effondrement de la civilisation technologique moderne peut
empêcher le désastre. Bien entendu, l’effondrement de la civilisation
technologique sera un désastre en soi. Mais plus le système
technologique continuera à croître, et plus grave sera le désastre
final. Un moindre désastre aujourd’hui en empêchera un plus grand
demain.
Ce que le principe de l’autonomie technologique nous dit, c’est que le
développement général de la technologie ainsi que ses conséquences à
long terme pour la société ne sont pas maîtrisables par l’homme. Si bien
que, tant que la technologie moderne continuera d’exister, nous ne
pourrons pas faire grand-chose pour en tempérer les effets.
Si nous voulons nous défendre contre la technologie, la seule action
susceptible de s’avérer productive consisterait à précipiter cet
effondrement.
Bien que cette conclusion soit une conséquence évidente du principe de
l’autonomie technologique, et bien qu’elle soit implicite dans certaines
assertions d’Ellul, je ne connais aucun auteur publié dans les circuits
conventionnels qui ait jamais explicitement admis que la seule issue
passait par l’effondrement de la société industrielle.
Cet aveuglement apparent face à l’évidence ne peut s’expliquer que par
la pusillanimité.
(Ted Kaczynski)
Extrait d'une interview donnée par Ted Kaczynski en 1999 :
Durant ma vie dans les bois, j’ai éprouvé certaines satisfactions que
j’avais espérées, comme la liberté personnelle, l’indépendance, une part
d’aventure et un mode de vie peu stressant. J’ai également obtenu
certaines satisfactions que je n’avais pas totalement imaginées ni
anticipées, ou qui furent de véritables surprises. Plus vous établissez
un lien étroit avec la nature, plus vous appréciez sa beauté. Cette
beauté n’est pas faite seulement de spectacles visuels et de sons
harmonieux, mais d’une sensation de… plénitude. Je ne sais pas comment
l’exprimer. Lorsque vous ne vous contentez pas de visiter les bois mais
que vous vivez dans les bois, la beauté de la nature devient une part
intégrante de votre vie et pas seulement quelque chose que vous
contemplez de l’extérieur.
En liaison avec cela, une part de l’intimité que vous établissez avec la
nature tient à l’acuité de vos sens. Ce n’est pas que votre ouïe et
votre vue deviennent plus performantes, mais vous percevez mieux les
choses. D’une certaine façon, la vie citadine fait que vous vous tournez
vers l’intérieur de vous-même. Votre environnement est saturé d’images
et de bruits qui n’ont aucun intérêt pour vous, et, globalement, vous
avez appris à leur interdire l’accès de votre conscience. Dans les bois,
votre conscience s’ouvre sur l’extérieur, sur votre environnement, et
vous êtes beaucoup plus conscient de ce qui se passe autour de vous. Par
exemple, vous allez remarquer sur le sol des choses à peine visibles et
qui passent d’ordinaire inaperçues, comme des plantes comestibles ou des
traces d’animaux. Si un être humain est passé par là et a laissé ne
serait-ce qu’une petite empreinte de pied, vous l’apercevrez
probablement. Vous connaissez les sons qui parviennent à vos oreilles :
le cri d’un oiseau, le bourdonnement d’un taon, la fuite d’un chevreuil
effarouché, le bruit sourd d’une pomme de pin coupée par un écureuil et
qui tombe sur une branche. Si vous entendez un bruit que vous ne pouvez
pas identifier, il retient immédiatement votre attention, même s’il est
faible au point d’être à peine audible.
À mon avis, cet éveil et cette acuité des sens constituent l’un des plus
grands privilèges offerts par une vie proche de la nature. Vous ne
pouvez pas le comprendre si vous n’en avez pas fait vous même
l’expérience.
Une autre chose que j’ai apprise est l’importance de devoir faire un
travail orienté vers un but précis. Je parle d’un travail absolument
nécessaire, répondant à un besoin vital.
Je n’ai pris réellement conscience de ce qu’est la vie dans les bois que
lorsque ma situation économique m’a contraint à chasser, à chercher des
plantes et à cultiver un jardin pour assurer ma subsistance. Durant une
partie de mon séjour à Lincoln, plus précisément de 1975 à 1978, si je
n’avais pas été capable de chasser, je n’aurais pas mangé le moindre
morceau de viande. De même, je n’aurais pas eu de légumes si je ne les
avais pas ramassés ou cultivés moi-même. Il n’y a rien de plus
satisfaisant que l’accomplissement personnel et la confiance en soi qui
vont de pair avec cette forme d’autonomie. Dans cet état d’esprit, la
plupart des angoisses de mort disparaissent.
En vivant au contact de la nature, on découvre que le bonheur ne
consiste pas à chercher toujours plus de plaisir. Il réside dans le
calme. Une fois que vous avez apprécié le calme suffisamment longtemps,
vous développez vraiment un sentiment de rejet à la seule évocation de
plaisirs excessifs – un plaisir trop vif perturberait votre
tranquillité.
En fin de compte, on constate que l’ennui est une maladie de la
civilisation. Il me semble que l’ennui est en grande partie lié au fait
que les gens ont pris l’habitude de se distraire ou de s’occuper parce
que, sans cela, les peurs, les frustrations, les mécontentements et ce
genre de sentiments remontent à la surface et provoquent un mal-être.
L’ennui est quasiment inexistant dès lors que vous vous êtes adapté à la
vie dans les bois. Si vous n’avez pas de travail qui s’impose, vous
pouvez parfois rester assis pendant des heures à ne rien faire, à
écouter les oiseaux, le vent ou le silence, à observer les ombres qui se
déplacent avec la course du soleil, à regarder simplement les objets
familiers.
Et vous ne connaissez pas l’ennui. Vous êtes seulement en paix.
(Ted Kaczynski)
