alchimie & mystique  - 097 -


Eckartshausen (1752-1803) - 3 -


La nuée sur le sanctuaire

Cinquième Lettre (extraits)


Dans notre sang, il y a une matière gluante (appelée gluten) cachée, qui a une parenté plus proche avec l’animalité qu’avec l’esprit. Ce gluten est la matière du péché.

Ce ferment du péché est plus ou moins abondant dans chaque homme, et transmis par les parents aux enfants ; et sa propagation en nous empêche toujours l’action simultanée de l’esprit sur la matière. Il est vrai que l’homme peut mettre, par sa volonté, des limites à cette matière du péché, la dominer, pour qu’elle devienne moins agissante en lui ; mais l’anéantir entièrement n’est pas en son pouvoir. De là dérive le combat continuel du bien et du mal en nous. Cette matière du péché qui est en nous, forme les liens de la chair et du sang, par lesquels nous sommes liés d’un côté à notre esprit immortel, et de l’autre aux excitations animales.

L’état de maladie des hommes est un véritable empoisonnement ; l’homme a mangé du fruit de l’arbre dans lequel le principe corruptible et matériel prédominait, et s’est empoisonné par cette jouissance. Le premier effet de ce poison fut que le principe incorruptible, qu’on pourrait appeler le corps de vie, comme la matière du péché est le corps de mort, dont l’expansion formait la perfection d’Adam, se concentra dans l’intérieur, et abandonna l’extérieur au gouvernement des éléments. C’est ainsi qu’une matière mortelle couvrit bientôt l’essence immortelle, et les suites naturelles de la perte de la lumière furent l’ignorance, les passions, la douleur, la misère et la mort.

La communication avec le monde de la lumière fut interceptée ; l’œil intérieur qui voyait partout la vérité, se ferma, et l’œil matériel s’ouvrit à l’aspect inconstant des phénomènes.

L’état d’immortalité consiste en ce que l’immortel pénètre le mortel. L’immortel est une substance divine qui est la magnificence de Dieu dans la nature, le substratum du monde des esprits, en bref, l’infinité divine en laquelle tout a vie et mouvement.

Par l’assimilation d’un aliment périssable, l’homme est devenu lui-même périssable et matériel : la matière se trouve pour ainsi dire entre Dieu et lui ; il n’est plus pénétré immédiatement par la Divinité, et, par là, il est assujetti aux lois de la matière.

Le divin en lui, qui est enfermé dans les liens de la matière, est son principe immortel ; celui-ci doit être mis en liberté, se développer de nouveau en lui afin de gouverner le mortel. Alors l’homme se retrouvera dans sa dignité primitive. Mais un moyen pour sa guérison, et pour éliminer le mal interne, est nécessaire. L’homme déchu ne peut ni reconnaître ce moyen par lui-même, ni s’en emparer. Il ne peut pas le reconnaître parce qu’il a perdu la connaissance pure, la lumière de la sagesse ; il ne peut pas s’en emparer, parce que ce moyen est enfermé dans le plus intérieur de la nature ; et il n’a ni le pouvoir ni la force pour ouvrir cet intérieur.

La nature humaine avait besoin d’un Rédempteur ; ce Rédempteur fut Jésus-Christ, la Sagesse de Dieu Lui-même, la Réalité émanée de Dieu ; Il Se revêtit d’humanité afin d’introduire, de nouveau, dans le monde, la substance divine et immortelle, qui n’était autre que Lui-même. Il s’offrit Lui-même, volontairement, afin que les forces pures renfermées dans Son sang pussent pénétrer directement les plus intimes profondeurs de la nature terrestre et y réintroduire le germe de toutes les perfections.

La vraie Science Royale et Sacerdotale est la science de la régénération, ou celle de la réunion de l’homme tombé avec Dieu.

(Eckartshausen)