L’homme intérieur
Je ne sais s’il faut rire ou pleurer de cette litanie : un bon
métier, une belle femme, la santé, le titre de conseiller, et puis la
félicité éternelle.
C’est comme si l’on rangeait le Royaume des Cieux parmi les autres de la
Terre, pour s’en instruire géographiquement.
(Kierkegaard)
C’est vraiment une grande misère de vivre sur la terre.
Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie
présente lui devient amère, parce qu’il sent mieux et voit plus
clairement l’infirmité de la nature humaine et sa corruption.
Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à
toutes les nécessités de la nature, c’est vraiment une grande misère et
une grande affliction pour l’homme pieux qui voudrait être dégagé de ses
liens terrestres, et délivré de tout péché.
Car l’homme intérieur est en ce monde étrangement appesanti par les
nécessités du corps.
(L’imitation de Jésus-Christ)
Disons qu’Hervé fait partie de cette famille de gens pour qui être ne
va pas de soi.
Depuis l’enfance, il se demande : qu’est-ce que je fais là ? Et c’est
quoi, « je » ? Et c’est quoi, « là » ?
Beaucoup de gens peuvent vivre toute leur vie sans être effleurés par
ces questions – ou s’ils le sont, c’est très fugitivement, et ils n’ont
pas de mal à passer outre. Ils fabriquent et conduisent des voitures,
font l’amour, discutent près de la machine à café, s’énervent parce
qu’il y a trop d’étrangers en France, ou trop de gens qui pensent qu’il
y a trop d’étrangers en France, préparent leurs vacances, se font du
souci pour leurs enfants, veulent changer le monde, avoir du succès,
quand ils en ont redoutent de le perdre, font la guerre, savent qu’ils
vont mourir mais y pensent le moins possible, et tout cela, ma foi, est
bien assez pour remplir une vie.
Mais il existe une autre espèce de gens pour qui ce n’est pas assez. Ou
trop. En tout cas, ça ne leur va pas comme ça. Sont-ils plus sages ou
moins que les premiers, on peut en débattre sans fin, le fait est qu’ils
ne se sont jamais remis d’une espèce de stupeur qui leur interdit de
vivre sans se demander pourquoi ils vivent, quel est le sens de tout
cela s’il y en a un. L’existence pour eux est un point d’interrogation
et même s’ils n’excluent pas qu’à cette interrogation il n’y ait pas de
réponse, ils la cherchent, c’est plus fort qu’eux.
Comme d’autres l’ont cherchée avant eux, comme certains, même,
prétendent l’avoir trouvée, ils s’intéressent à leurs témoignages. Ils
lisent Platon et les mystiques, ils deviennent ce qu’on appelle des
esprits religieux.
(Emmanuel Carrère)
Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce
qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur.
Vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin
que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de
Dieu.
(Ephésiens 3:18-19)
