alchimie & mystique  - 075 -


L’homme intérieur


Je ne sais s’il faut rire ou pleurer de cette litanie : un bon métier, une belle femme, la santé, le titre de conseiller, et puis la félicité éternelle.
C’est comme si l’on rangeait le Royaume des Cieux parmi les autres de la Terre, pour s’en instruire géographiquement.
(Kierkegaard)


C’est vraiment une grande misère de vivre sur la terre.
Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie présente lui devient amère, parce qu’il sent mieux et voit plus clairement l’infirmité de la nature humaine et sa corruption.
Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à toutes les nécessités de la nature, c’est vraiment une grande misère et une grande affliction pour l’homme pieux qui voudrait être dégagé de ses liens terrestres, et délivré de tout péché.
Car l’homme intérieur est en ce monde étrangement appesanti par les nécessités du corps.
(L’imitation de Jésus-Christ)


Disons qu’Hervé fait partie de cette famille de gens pour qui être ne va pas de soi.
Depuis l’enfance, il se demande : qu’est-ce que je fais là ? Et c’est quoi, « je » ? Et c’est quoi, « là » ?
Beaucoup de gens peuvent vivre toute leur vie sans être effleurés par ces questions – ou s’ils le sont, c’est très fugitivement, et ils n’ont pas de mal à passer outre. Ils fabriquent et conduisent des voitures, font l’amour, discutent près de la machine à café, s’énervent parce qu’il y a trop d’étrangers en France, ou trop de gens qui pensent qu’il y a trop d’étrangers en France, préparent leurs vacances, se font du souci pour leurs enfants, veulent changer le monde, avoir du succès, quand ils en ont redoutent de le perdre, font la guerre, savent qu’ils vont mourir mais y pensent le moins possible, et tout cela, ma foi, est bien assez pour remplir une vie.
Mais il existe une autre espèce de gens pour qui ce n’est pas assez. Ou trop. En tout cas, ça ne leur va pas comme ça. Sont-ils plus sages ou moins que les premiers, on peut en débattre sans fin, le fait est qu’ils ne se sont jamais remis d’une espèce de stupeur qui leur interdit de vivre sans se demander pourquoi ils vivent, quel est le sens de tout cela s’il y en a un. L’existence pour eux est un point d’interrogation et même s’ils n’excluent pas qu’à cette interrogation il n’y ait pas de réponse, ils la cherchent, c’est plus fort qu’eux.
Comme d’autres l’ont cherchée avant eux, comme certains, même, prétendent l’avoir trouvée, ils s’intéressent à leurs témoignages. Ils lisent Platon et les mystiques, ils deviennent ce qu’on appelle des esprits religieux.
(Emmanuel Carrère)


Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur.
Vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu.
(Ephésiens 3:18-19)