La grâce
L’incapacité de l’homme à obtenir la transformation décisive par son
effort personnel s’exprime, en langage religieux, de façon aimable et
douce : nous dépendons de la grâce.
Nous n’avons aucune raison de rejeter ce mot et d’en forger un autre ;
il exprime bien notre incapacité à trouver le moyen d’accès à l’état de
Libération.
L’aube de la Connaissance ne peut s’expliquer rationnellement. En fait,
cet état ne s’atteint pas. Il est donné.
La Réalisation vient s’emparer de nous, mais nous ne pouvons pas nous
emparer d’elle.
(Siddheswarananda)
Pour faire d’un homme un saint il faut bien que ce soit la grâce, et
qui en doute ne sait ce que c’est que saint, et qu’homme.
(Pascal)
On n’atteint pas à l’Atman par l’étude des Védas, ni au moyen de la
pensée, ni même à force d’écouter des enseignements.
Seul trouvera l’Atman celui que l’Atman aura lui-même choisi.
À celui-là, l’Atman se révélera, dans Sa nature authentique.
(Katha upanishad)
Une fois que l’homme est bien purifié, pacifié et rentré en lui-même
selon sa partie inférieure, il est en état d’être éclairé intérieurement
quand Dieu juge que le temps est venu et qu’Il en donne l’ordre.
Il peut fort bien aussi recevoir cette illumination au début de sa
conversion, pourvu qu’il se livre entièrement à la volonté de Dieu, et
renonce à toute considération d’intérêt personnel : car tout est
là.
(Ruysbroeck)
Ce n’est pas un enseignement qui mène à cet Atman, ni l’intelligence,
ni l’érudition.
Seul celui que l’Atman choisit peut y parvenir, et c’est l’Atman
lui-même qui révèle Sa nature véritable à celui qui le recherche.
(Mundaka upanishad)
Deux étudiants de l’université de Paris vinrent voir Ruysbroeck et
lui demandèrent de leur fournir une brève formule ou devise, qui pût
leur servir de règle de vie.
Vos estis tam sancti sicut vultis, répondit Ruysbroeck : Vous
êtes aussi saints que vous voulez l’être.
Dieu est forcé d’agir, de se déverser en toi, aussitôt qu’il te trouvera
prêt.
(Eckhart)
Quand l’homme a fait de son côté ce qui est en son pouvoir, et ne
peut plus aller plus loin du fait de sa propre faiblesse, il appartient
à la bonté insondable de Dieu de parfaire l’oeuvre.
C’est ainsi que survient la lumière plus haute de la grâce divine,
pareille à un rayon de soleil versé dans l’âme, sans mérite de sa part
et sans désir adéquat.
Car dans cette lumière Dieu se donne par bonté et libéralité toutes
gratuites, Lui qu’aucune créature ne peut mériter avant de Le
posséder.
Et c’est là une intervention mystérieuse de Dieu dans l’âme, au-dessus
du temps, et qui meut l’âme avec toutes ses puissances. Ici prend fin la
grâce prévenante et commence l’autre, c’est à dire la lumière
surnaturelle.
(Ruysbroeck)
La lumière de la nature, chez tous les alchimistes, respire cette
grâce dont ils appellent sans cesse la descente.
Leur monde n’est pas un monde aveugle.
Leur monde se veut plein de Dieu.
(Gorceix)
La connaissance et la lumière de cette science sont un don de Dieu,
qu’il révèle par une grâce spéciale à qui lui plaît. Que personne donc
n’embrasse cette étude s’il n’a le cœur pur, et si, dégagé de
l’attachement aux choses de ce monde et de tout désir coupable, il ne
s’est entièrement voué à Dieu.
(Jean d’Espagnet)
